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Dimanche du Triomphe de l’Orthodoxie

Notre Sainte Église célèbre en ce dimanche le triomphe de l’Orthodoxie. Mais de quelle orthodoxie célébrons-nous le triomphe ? Serait-ce la supériorité d’une orthodoxie confessionnelle sur d’autres confessions chrétiennes ? Mais tel n’est point l’objet de notre célébration de ce jour. Nous célébrons aujourd’hui l’orthodoxie de la foi, c’est-à-dire la manière droite, la manière juste d’enseigner et de louer Dieu. La solennité d’aujourd’hui commémore en effet la victoire définitive sur l’iconoclasme en 843. L’iconoclasme, comme nous le savons, avait divisé l’Église et l’Empire durant tout un siècle.

Mais le problème que posait l’iconoclasme n’était pas un simple problème esthétique. La question qui se posait à l’époque n’était pas celle de l’utilité ou non d’utiliser une forme d’art dans nos églises. La véritable problématique, liée à la question de la vénération des icônes portait sur la personne de Jésus- Christ. En effet, la thèse fondamentale des iconoclastes revenait à dire que la chair humaine du Christ n’était pas vraiment celle de Dieu. Par conséquent, les iconoclastes ne pouvaient accepter que le Fils et Verbe de Dieu s’était fait chair et qu’il avait habité parmi nous (Jn 1, 14). Ils n’acceptaient pas que cette chair à laquelle s’était uni le Verbe de Dieu avait été sanctifiée par Lui. Par conséquent, les iconoclastes concevaient un Dieu totalement transcendant qui ne pouvait en aucun cas être contenu dans la chair, et encore moins être représenté par l’icône.

Les Pères de l’Église, dont le saint patriarche Nicéphore de Constantinople, ont vu un parallèle entre cette nouvelle hérésie qu’était l’iconoclasme et l’ancienne hérésie de Nestorius qui avait divisé Jésus-Christ en deux réalités distinctes : celle de l’humanité et celle de la divinité. Mais dire, comme les iconoclastes, que Dieu ne peut être représenté après l’incarnation, revenait à dire que la chair du Christ n’était pas celle de Dieu, et de ce fait, nier la réalité de l’incarnation. A l’inverse, l’argumentation des Pères de l’Église, dont celle de saint Jean Damascène, se fondait sur l’incarnation. Le Dieu invisible peut être représenté à partir du moment où il s’est incarné, et par les traits sous lesquels il est devenu visible. Or, comme nous l’enseigne le saint apôtre Paul, le Christ est « l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création » (Col 1, 15).

Dire que Dieu ne peut être représenté après l’incarnation, revenait à dire que la chair du Christ n’était pas celle de Dieu, et de ce fait, nier la réalité de l’incarnation

Nier la réalité de l’incarnation revenait à rejeter la rencontre et l’union de l’humanité et de la divinité en la personne du Fils et Verbe de Dieu fait chair. Cela revenait aussi à nier notre salut, à rejeter la possibilité qui nous est donnée par le Sauveur de communier à la vie divine, et donc, d’être divinisé. En effet, le fait qu’en Jésus-Christ, la chair humaine soit déifiée puisqu’elle est celle du Fils et Verbe de Dieu incarné, la déification de cette chair rend possible la déification de tous hommes qui croient et s’unissent à lui par le baptême et les sacrements de l’Église. Pour cette raison, il n’y a aucune différence fondamentale entre l’icône du Christ et l’icône des saints.

En notre vie nous devons rechercher avant tout le Christ qui est notre salut

Que nous inspire donc la solennité de ce jour ? Que retenir de cette célébration du triomphe de l’orthodoxie pour nous aujourd’hui ? En premier lieu, elle nous rappelle qu’en notre vie nous devons rechercher avant tout le Christ qui est notre salut, lui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).  Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ appelle chacun de nous à le suivre sur cette voie, comme Il a lui-même, dans l’évangile d’aujourd’hui, invité Philippe à le suivre, et comme Philippe invita à son tour Nathanaël à suivre le Christ, en lui disant : « Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph » (Jn 1, 45). L’orthodoxie n’est pas une idéologie, mais la vie en Christ, une vie qui se déroule en Église, qui est le corps du Christ, et qui est nourrie par les sacrements de l’Église. Le Christ doit être au centre de notre vie. Nous ne devons pas rechercher le Christ d’une manière purement intellectuelle, mais le rechercher d’une manière incarnée par nos actions et notre mode de vie. Car l’orthodoxie est toujours liée à l’orthopraxie — une manière droite et juste d’agir. En ce sens, nous ne devons pas seulement vénérer le Christ sur les saintes icônes, mais le reconnaître également en chaque personne créée à son image, chez le moindre de nos frères, et les servir dans la philanthropie et la charité.

La solution à tout problème dans la vie ecclésiale se trouve dans la synodalité de l’Église

Deuxièmement, la solennité d’aujourd’hui nous rappelle que la solution à tout problème, à tout défi qui survient dans la vie ecclésiale se trouve dans la synodalité de l’Église. Nul ne peut résoudre un problème qui surgit au sein de la communauté chrétienne en imposant de manière unilatérale son point de vue personnel ou ses idées propres en les colportant ou en voulant les imposer par le moyen de divers médias. Toute solution se trouve dans la conscience synodale de l’Église, que ce soit à travers les conciles œcuméniques, les conciles régionaux, les synodes des Églises orthodoxes locales, ou à travers le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Dans la voix synodale de l’Église, chacun de nous est appelé à entendre la voix de Dieu qui nous parle et qui nous exhorte en tout temps, à travers les siècles. L’écoute de cette voix exige de nous l’attention, l’humilité et l’obéissance appropriées.

La tradition est l’expérience du Christ ressuscité à travers la vie de l’Église qui nous est transmise de génération en génération par la célébration des saints mystères

Enfin, la fête d’aujourd’hui nous donne comme référence et comme paradigme la tradition de l’Église : la tradition non pas comme quelque chose de figé ou de mort, la tradition non pas comme un traditionalisme ou un fondamentalisme étroit, mais comme l’expérience du Christ ressuscité à travers la vie de l’Église qui nous est transmise de génération en génération par la célébration des saints mystères. Car l’ancienneté n’est pas le seul critère de la Tradition. En effet, en scrutant le passé, nous pouvons trouver beaucoup d’hérésies et d’erreurs, tel que l’iconoclasme. « L’antiquité sans vérité est une erreur vétuste » nous met en garde saint Cyprien de Carthage. Demeurer fidèle à la Tradition ne peut se réduire à promouvoir des éléments anciens ou des valeurs du passé. L’antiquité comme telle n’est pas nécessairement une vérité, mais la vérité chrétienne, celle qui est conforme au Christ et qui a été proclamé de manière conciliaire par l’Église, reflète nécessairement une vérité ancienne.

L’Église, en tant que corps du Christ, continue de vivre à travers les temps, dans divers contextes, civilisations et peuples, en faisant face chaque fois à de nouveaux défis et de nouvelles circonstances, mais son message demeure le même. Ce qui la caractérise, partout et en tout temps, c’est sa fidélité au message salvifique de l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, transmis par les Apôtres et les Pères de l’Église. « Telle est la foi des Apôtres, telle est la foi des Pères, telle est la foi des Orthodoxes, telle est la foi qui affermit l’univers » (Synodikon de l’Orthodoxie). C’est l’Église qui à travers ses saints mystères nous renouvelle et nous régénère, en nous arrachant et nous purifiant du péché pour nous attacher et nous greffer au Christ, notre Seigneur, Dieu et Sauveur, en nous donnant en héritage la vie éternelle dans Son Royaume. A Lui soit l’honneur et l’adoration dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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