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Dimanche de tous les saints

Le premier dimanche après la Pentecôte clôt le cycle du Pentecostaire. L’hymnographie y est  consacrée à la mémoire de tous les saints, connus et inconnus, qui ne cessent d’intercéder pour l’Église terrestre. Certes, chaque jour de l’année liturgique fait mémoire d’un saint connu à qui nous demandons d’intercéder pour nous. Mais l’Église est consciente que les saints de Dieu, ceux dont « le nom est inscrit dans le livre de la vie » (Ap 20, 15) sont plus nombreux  que ceux dont l’Église célèbre la mémoire annuellement. Pour cette raison fut instituée la solennité du dimanche de tous les saints, lors de laquelle nous chantons : « Alors que nous célébrons la mémoire sainte, ô Christ Dieu, des ancêtres, des parents, des patriarches, des apôtres, des martyrs, des hiérarques, des prophètes et de tes saints, les ascètes et les justes, et chacun dont le nom est inscrit dans le livre de la vie, nous les invitons tous à intercéder alors que nous prions. Donne la paix à ton monde à travers eux, car tu aimes l’humanité, afin que nous puissions tous te clamer : O Dieu, glorifié dans le Conseil de tes Saints, Tu es vraiment celui qui glorifie convenablement leur mémoire » (cathisme après la 3e ode).

Cette mémoire collective des saints, connus et inconnus, fait suite au dimanche de la Pentecôte, car la sainteté est un fruit de l’Esprit saint. Car comme l’enseigne saint Paul, « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance » (Ga 5, 22-23). La sainteté est aussi le résultat de la prédication des apôtres qui s’est propagée jusqu’aux extrémités de la terre. En ce sens, aux premiers témoins du Christ que furent les saints Apôtres ont succédé d’autres témoins que sont les martyrs et les saints. Les premiers saints furent en effet les martyrs. A l’origine, le terme de martyr signifie celui qui donne un témoignage. Les martyrs, par leur mort, furent des témoins du Christ de la même manière que le furent avant eux les apôtres. C’est pourquoi nous chantons en ce jour : « Prédicateurs inspirés par l’Esprit, les disciples du Sauveur, devenus par la foi les instruments de l’Esprit, ont diffusé la sainte proclamation, en la semant avec une foi droite jusqu’aux extrémités de la terre, d’où proviennent, par l’économie et la grâce de Dieu, les armées des martyrs, qui forment une image de la Sainte Passion à travers de nombreuses sortes de torture, de supplice et à travers le feu. Avec audace, ils intercéderont pour nos âmes » (lucernaire).

Les martyrs, par leur mort, furent des témoins du Christ de la même manière que le furent avant eux les apôtres

Le sang versé par les apôtres qui moururent pour le Christ de même que celui des martyrs est une imitation de la Passion du Christ. C’est pourquoi ce sang versé est considéré comme un fondement de l’Église. L’Église a certes été fondée sur la pierre angulaire qui est le Christ, mais aussi par la confession, le témoignage et le sang des saints Apôtres. Cela explique qu’après avoir confessé Jésus-Christ comme Messie et le Fils du Dieu vivant, notre Seigneur dit au saint Apôtre Pierre: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je construirai mon Église, et les portes de l’Hadès ne prévaudront point contre elle » (Mt 16, 18). Pour cette raison, l’hymnographe s’exclame en ce jour : « Chœur divin des martyrs, le fondement de l’Église, la perfection de l’Évangile, vous avez accompli par des actes les paroles du Sauveur. Car en vous les portes de l’Enfer, ouvertes contre l’Église, ont été fermées. Le flux de votre sang a asséché les libations versées aux idoles. Votre mort a donné naissance à la plénitude des fidèles. Vous avez émerveillé les puissances incorporelles. Portant des couronnes, vous vous présentez devant Dieu, que vous implorez sans cesse pour nos âmes » (lucernaire, doxastikon).

Le sang des martyrs est une semence de chrétiens

Cette hymne reprend l’idée formulée par l’écrivain ecclésiastique Tertullien, mort au début du 3e siècle, que le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Par leur témoignage, les martyrs ont amené beaucoup de fidèles à croire en Jésus-Christ. La mort des martyrs n’est donc pas seulement une imitation de la mort du Christ, mais aussi un témoignage de sa résurrection le troisième jour qui nous donne accès à la vie éternelle dans son Royaume. Pour cette raison, la commémoration des martyrs et de tous les saints revêt un caractère eschatologique : celui du festin du Royaume, comme le chante le Pentecostaire : « Laissez-nous, fidèles, accourir à la fête d’aujourd’hui. Car une table spirituelle et une coupe de vin mystique sont dressés devant nous, remplis de doux aliments de joie : les vertus des martyrs. Car ces courageux martyrs des extrémités de la terre ont offert à Dieu en tant que sacrifice rationnel les nombreuses tortures de leur corps et les prémices de leurs années. Certains eurent la tête coupée, d’autres ont été démembrés. Tous les saints sont devenus participants aux souffrances du Christ. Mais Seigneur, qui leur a donné des couronnes en tant que récompenses pour leurs tourments, considère-nous dignes de vivre selon leur exemple, toi qui aime l’humanité » (Litie, doxastikon).

Les saints martyrs sont considérés par l’hymnographie du Pentecostaire comme des prémices. Nous savons que dans l’Antiquité tout comme dans l’Ancien Testament, les premiers fruits de la terre, les premiers nés d’un troupeau, étaient destinés aux offrandes religieuses. Mais dans l’Église, les saints martyrs se sont offert en sacrifice pour témoigner du Christ, comme il est écrit dans l’Apocalypse : « ils suivent l’Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’Agneau et dans leur bouche il ne s’est point trouvé de mensonge, car ils sont irrépréhensibles » (Ap 14, 4-5). Pour cette raison, nous chantons ce dimanche : « En tant que premiers fruits de la nature, ô Seigneur, Jardinier de la création, le monde t’offre, les martyrs théophores. Par leurs intercessions, préserve ton Église dans la paix profonde, par la Mère de Dieu, ô très miséricordieux » (Kondakion).

Tous les chrétiens, qui portent eux aussi le nom du Christ, sont appelés à témoigner du Christ et à devenir saints

Dieu n’a plus besoin de sacrifice, car Dieu, par son Incarnation et sa Passion salutaire, s’est offert en sacrifice une fois pour toutes (Hb 9, 28). Les saints martyrs, par leur mort et leur sang versé, donnent un témoignage de cet unique sacrifice. Et tous les chrétiens, qui portent eux aussi le nom du Christ, sont appelés à en témoigner et ainsi à devenir saints. Comme l’affirme l’Épître aux Hébreux, « mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le chœur des anges, de l’Église des premiers-nés inscrits dans les cieux, du juge qui est le Dieu de tous, des esprits des justes parvenus à la perfection, de Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance, et du sang de l’aspersion qui parle mieux que celui d’Abel » (Hb 12, 22-24). Les martyrs, assemblés dans l’Église céleste, sont ces premiers-nés qui nous précèdent dans le Royaume. Par le témoignage apporté par leur mort à l’image de la Passion du Christ, ils sont des figures du Christ, premier né d’entre les morts (Col 1, 18). C’est pourquoi le Pentecostaire affirme en ce dimanche de tous les saints : « Ceux qui ont témoigné par toute la terre et ont établi leur maison dans les cieux, ceux qui ont imité les souffrances de Christ et qui enlèvent nos passions, sont réunis ici aujourd’hui, révélant l’Église des premiers-nés, qui portent le type de celui d’en haut, et qui clame au Christ : Tu es mon Dieu, préserve-moi par la Mère de Dieu, ô très miséricordieux » (Ikos).

Archevêque Job de Telmessos

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