Français, Homélies

Dimanche des Rameaux

Nous célébrons aujourd’hui la fête de l’entrée du Seigneur à Jérusalem. Comme nous le relate l’évangile de ce dimanche, cinq jours avant la Pâque juive, « la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem ; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël ! » (Jn 12,12-13). La foule accueille ainsi le Seigneur comme leur Messie, Lui appliquant l’exclamation du Psalmiste (Ps 118, 26). L’expression « hosanna » en hébreux vient du verbe sauver et pourrait être traduite par : « De grâce, secours-nous ! » La foule accueille donc leur Messie, attendant de lui la délivrance.L’évangéliste Jean le Théologien nous explique la raison de leur enthousiasme : « La foule qui était avec lui, quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l’avait ressuscité d’entre les morts, rendait témoignage. C’est aussi pourquoi la foule vint à sa rencontre : parce qu’ils avaient entendu dire qu’il avait fait ce signe » (Jn 12,17-18). C’est donc la résurrection de Lazare, accomplie la veille, qui pousse la foule à accueillir le Christ comme leur Sauveur à Jérusalem. Sans doute, voyant que le Christ avait pu ressusciter Lazare du tombeau, la foule pensait qu’Il pouvait la délivrer de l’occupation romaine et restaurer le Royaume d’Israël.

La fête d’aujourd’hui est donc liée à la solennité d’hier

La fête d’aujourd’hui est donc liée à la solennité d’hier. C’est pourquoi nous chantons d’ailleurs aujourd’hui le même tropaire qu’hier qui souligne ce lien intime : « Affirmant la résurrection universelle, avant ta Passion, ô Christ Dieu, Tu réveilles Lazare des morts. Et nous, comme des adolescents, portant l’insigne de la victoire, nous t’acclamons, ô Vainqueur de la mort : Hosanna dans les lieux très hauts ! Béni, Celui qui vient au Nom du Seigneur ! ».

Le saint évangéliste Jean le Théologien insiste sur le fait que la résurrection de Lazare était « un signe » (Jn 12,18). La résurrection de Lazare figure et annonce elle-même la résurrection du Christ qui renouvellera l’humanité tout entière. Mais cela échappait à une grande partie des témoins de l’événement que nous célébrons aujourd’hui. En effet, la foule qui acclame le Seigneur aujourd’hui en brandissant des rameaux et en clamant : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël ! » (Jn 12, 13), sera la même qui criera, quelques jours plus tard : « Crucifie, crucifie-le! » (Lc 23, 21).

La foule pensait sans doute qu’arrivait le Messie tant attendu pour restaurer le Royaume terrestre d’Israël. Mais le Christ entre à Jérusalem, non pour y établir un Royaume terrestre et y siéger comme roi, mais pour y souffrir la passion, afin que nous associant par notre baptême à sa mort et sa résurrection nous puissions hériter de son Royaume céleste. Comme nous le chantons dans le deuxième tropaire d’aujourd’hui : «  Ensevelis avec Toi par le baptême, ô Christ notre Dieu, nous avons pu participer à la vie éternelle par Ta résurrection ; et dans nos hymnes nous te chantons : Hosanna au plus haut des cieux ! Béni Celui qui vient au Nom du Seigneur ! »

La résurrection de Lazare était « un signe »

Puisque la résurrection de Lazare préfigurait la résurrection du Christ, l’entrée du Seigneur à Jérusalem annonce sa mort et son ensevelissement. C’est en effet ce que laisse entendre dans l’évangile d’aujourd’hui la discussion au sujet du parfum de grand prix versé sur les pieds du Christ par Marie, la sœur de Lazare, qui les essuya avec ses cheveux (Jn 12,3). Judas l’Iscariote critique cette action : « Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers qu’on aurait donnés à des pauvres ? » dit-il (12,4-5). Mais le Seigneur réplique en disant que l’action de Marie devance les rites de sa sépulture : « Laisse-la : c’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum » (Jn 12,7).

Commentant cet événement, saint Augustin insiste sur le fait que le Seigneur de gloire n’avait pas besoin d’entrer à Jérusalem pour y établir un royaume terrestre : « Mais qu’est-ce que cela pouvait représenter pour le Seigneur, d’être le roi d’Israël ? Quelle grandeur y avait-il pour le roi des siècles (1Tm 1,17) à devenir un roi pour les hommes ? Car le Christ n’était pas roi d’Israël pour exiger l’impôt, pour armer des troupes ni pour terrasser visiblement des ennemis. Il est roi d’Israël pour gouverner des âmes, veiller à leurs intérêts éternels et conduire au Royaume des cieux ceux qui ont mis en lui leur foi, leur espérance, leur amour. Donc, si le Fils égal au Père, le Verbe par qui tout a été fait (Jn 1, 3), a voulu être roi d’Israël, ce fut de sa part compassion et non promotion, une marque de miséricorde, non un accroissement de pouvoir. Car celui qui fut appelé sur terre le roi des Juifs, est dans les cieux le Seigneur des anges » (Homélies sur Jean 51, 2-4).

Le Seigneur de gloire n’avait pas besoin d’entrer à Jérusalem pour y établir un royaume terrestre

C’est dans cette perspective, que le Christ entre à Jérusalem humblement, assis sur un petit âne. Selon l’évangéliste Jean, ce geste accomplit la prophétie de Zacharie qui avait dit : « Sois sans crainte, fille de Sion : Voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse » (Zach 9, 9 / Jn 12, 15). Saint Grégoire Palamas explique ainsi cette prophétie : « Par ces paroles, le prophète montre que le roi ainsi prédit était ce roi qui seul est appelé à juste titre roi de Sion. Car il veut dire : Ton roi ne doit pas inspirer la crainte par son aspect, il ne doit être ni sévère ni cruel, il n’a pas de gardes du corps ni d’escorte, il n’entraîne pas derrière lui une foule de fantassins ni de cavaliers. Il n’agit pas avec rapacité, n’exige pas des impôts ni des taxes, ni des services ou des fonctions non moins viles que nuisibles. Mais ses attributs sont l’humilité, la pauvreté, la modestie. Il fait son entrée sur un âne, sans déployer aucune escorte humaine. C’est pourquoi lui seul est le roi juste qui sauve dans l’équité, et qui est doux en même temps, car la douceur est ce qui le caractérise » (Homélie 15).

L’Époux de l’Église entre à Jérusalem pour y souffrir la Passion et accomplir le mystère du salut

Le Christ qui entre à Jérusalem est ce doux « Époux de l’Église » (cf. Jn 3, 26-30 ; Mt 9, 15 ; 2 Co 11, 2 ; Ep 5, 25-27), comme aime l’appeler à la suite de l’Écriture l’hymnographie de la grande semaine que nous nous apprêtons à commencer. Il entre à Jérusalem pour y souffrir la Passion et accomplir le mystère du salut. C’est dans cette mort et résurrection que se révèle le mystère de l’Église. Le Christ nous a aimé comme un Époux et est venu nous chercher telle une Épouse infidèle. Saint Paul nous dit que le Christ a tant aimé l’Église et qu’Il s’est livré pour elle qui est son Corps (Ep 5, 28-32). Le fondement de l’Église est cette relation mystérieuse de l’amour inconditionnel de Dieu qui s’unit à nous et qui s’offre en sacrifice pour nous dans la Passion salutaire. Par sa Passion et sa Résurrection, l’Époux a créé un lien indestructible avec son Église, et nous nous unissons à Lui par notre baptême. Par le baptême, nous devenons membres du Corps du Christ qu’est l’Église.

Célébrant aujourd’hui son entrée solennelle à Jérusalem, faisons-le entrer dans notre cœur afin que nous devenions un seul corps avec Lui. Unissons-nous à Lui par la prière et par les saints mystères, en clamant comme la foule, et ce à juste titre : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël ! ». A Lui gloire, honneur et adoration, dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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