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Quatrième dimanche après la Pentecôte

Nous venons d’entendre la lecture de l’Évangile de ce dimanche relatant la guérison, à Capernaüm, du serviteur d’un centurion d’après le récit qu’en fait le saint apôtre et évangéliste Matthieu (Mt 8, 5-13). On retrouve le même épisode dans l’évangile de Luc (Lc 7, 1-10), ainsi que dans l’évangile de Jean le Théologien (Jn 4, 46-54), où le centurion est présenté comme un officier du roi, et son serviteur comme son fils. Il est vrai que le terme employé dans l’évangile d’aujourd’hui par l’évangéliste Matthieu pour désigner le serviteur pourrait aussi être traduit comme son enfant. Par ailleurs, il est significatif que d’après le saint apôtre Jean le Théologien, qui situe la guérison après le récit des noces de Cana, notre Seigneur, avant le miracle, s’exclame : « Si vous ne voyez pas des signes et des prodiges, vous ne croirez donc pas ? » (Jn 4, 48). Il est clair que c’est de la foi dont il est question dans cet épisode.

Même en Israël Je n’ai pas trouvé une aussi grande foi

En effet, pour saint Jean Chrysostome qui commente ce passage, la foi est le moteur de l’acte miraculeux du Christ : « Il ne promet pas seulement au centurion de guérir son serviteur, mais encore d’aller chez lui. Il agissait de la sorte pour nous faire voir quelle était la foi de ce centurion » (Homélie XXVI sur Matthieu, 1). Cette foi est admirable chez le centurion. Elle est due à la fois à son bon cœur et à son expérience : « j’ai des soldats sous mes ordres ; et je dis à l’un: Va ! et il va ; à l’autre: Viens ! et il vient ; et à mon serviteur : Fais cela ! et il le fait » – dit-il (Mt 8, 9). C’est pourquoi notre Seigneur s’exclame, en l’admirant : « Je vous le dis en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi » (Mt 8, 10). Mais la foi du centurion était liée à son humilité, car alors que notre Seigneur lui proposait de venir chez lui pour guérir le malade, il s’exclame : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri » (Mt 8, 8). La foi et l’humilité sont donc les dispositions du cœur de ce centurion qui ont poussé notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ à accomplir cette guérison.

La foi et l’humilité sont les dispositions du cœur de ce centurion qui ont poussé notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ à accomplir cette guérison

L’humilité, si souvent bafouée et rejetée par l’orgueil, la prétention, le cynisme et l’arrogance du monde d’aujourd’hui, est pourtant une vertu fondamentale à la vie chrétienne. L’humilité, c’est reconnaître avant tout son indignité. L’humilité, c’est reconnaître que « nous sommes des serviteurs inutiles » car « nous avons fait ce que nous devions faire » (Lc 17, 10). L’humilité, c’est reconnaître son péché, ses fautes, avant ceux des autres, comme nous le signale notre Sauveur : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Mt 7, 3). L’humilité, c’est reconnaître que l’on est tout petit devant Dieu, et que sans Lui, nous ne pouvons rien faire (Jn 15, 5).

Le mot foi veut dire avant tout confiance. La foi est donc avant tout une confiance en Dieu. C’est pourquoi notre Seigneur compare le croyant à un homme qui construit sa maison sur le roc et qui lui confère ainsi un caractère vraiment indestructible (Mt 7, 24). La foi, selon l’Épître aux Hébreux, c’est « une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas » (Hb 11, 1). La foi est un acte par lequel nous nous en remettons volontairement à Dieu, le reconnaissant comme fidèle et capable de tenir ses promesses, à la suite d’Abraham qui « loin de mettre en doute la promesse et de refuser de croire, trouva sa force dans la foi, en reconnaissant la grandeur de Dieu et en étant absolument persuadé que Dieu est capable d’accomplir ce qu’il a promis » (Rm 4, 20-21). C’est à la suite d’Abraham que le centurion, dans l’évangile d’aujourd’hui, fait confiance à notre Seigneur qu’il pourra guérir son serviteur.

La foi n’est donc pas simplement une croyance que Dieu existe. Bien plus, elle est une attitude de quiconque vit avec Dieu et en Dieu. C’est pourquoi la foi se vérifie dans la vie quotidienne, par l’observation des commandements, car comme le dit le saint apôtre Jacques, « la foi sans œuvres est morte » (Jc 4, 26). La foi donne donc la certitude de la réalité de Dieu et de sa vérité.

Le salut qu’est venu accomplir notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ n’est autre que la guérison de l’humanité tout entière

Chaque récit de guérison que nous lisons dans le saint Évangile nous rappelle que le salut qu’est venu accomplir notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ n’est autre que la guérison de l’humanité tout entière. Commentant le récit de la guérison du serviteur du centurion, où « nous avons entendu Jésus faire l’éloge de notre foi vécue dans l’humilité », saint Augustin compare cette guérison à celle que va réaliser le Christ sur la terre entière qui croira sans même l’avoir vu : « Cet homme, venu de chez les païens, était centurion […] Le Seigneur, lui, […] appartenait au peuple juif. Mais Il proclamait déjà qu’Il enverrait ses Apôtres dans le monde entier pour y établir l’Église. Sans le voir, les païens ont cru en lui, tandis que les Juifs, qui l’avaient vu, l’ont mis à mort » (Sermon 62. PL 38, 414-416).

Puissions-nous, nous aussi, chers frères et sœurs, avoir une humilité et une foi comparable à celle du centurion. Si tel est le cas, nous serons surpris de découvrir combien de prodiges et de miracles le Seigneur comble notre vie. Alors nous nous empresserons en toute sincérité et en toute vérité de célébrer l’action de grâce — la sainte eucharistie – pour tous les bienfaits que nous avons reçus de Lui, et en premier lieu, pour notre salut : pour le fait de pouvoir vivre avec Lui et en Lui, grâce aux saints mystères, tous les jours de notre vie, qui est un prélude à la béatitude éternelle dans Son Royaume, où lui reviennent gloire et adoration, avec Son Père sans commencement et Son Esprit bon et vivifiant, dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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