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Dimanche de la Pentecôte

Le huitième dimanche de Pâques clôt la période festive de la cinquantaine pascale qui était célébrée dans l’Église ancienne comme une seule et grande fête. Cette période de réjouissance était marquée par l’absence de jeûne et de génuflexion. Ceci explique pourquoi l’Église s’agenouille solennellement pour la première fois depuis Pâques aux vêpres, le soir du dimanche de la Pentecôte, et entame une période de jeûne, le jeûne des apôtres, après l’octave de la Pentecôte. Dès la fin du 4e siècle, la Pentecôte devint une véritable de la divinité du Saint-Esprit, proclamée au deuxième concile œcuménique de Constantinople en 381. La fête commémore la descente du Saint Esprit sur les Apôtres réunis dans la Chambre haute que décrit l’évangéliste Luc dans les Actes des Apôtres (2, 1-11) : « Toutes les nations ont vu des merveilles en ce jour dans la cité de David, lorsque l’Esprit saint descendit sous la forme de langues de feu, comme le divin Luc nous l’a rapporté. Les Disciples du Christ se trouvant réunis, soudain retentit du ciel un fracas, une violente bourrasque de vent, et ce bruit remplit toute la maison où ils siégeaient ; et tous, ils se mirent à parler en langues étrangères des doctrines nouvelles et des enseignements nouveaux de la sainte Trinité » (laudes).

Ces doctrines nouvelles et des enseignements nouveaux sont la révélation de l’unique Dieu trinitaire dans le Nouveau Testament. Cette révélation fut un réel défi : comment l’Église pouvait-elle concilier ces trois personnes révélées dans le Nouveau Testament avec le monothéisme strict de l’Ancien Testament ? C’est ce que les Pères et les conciles de l’Église se sont efforcés d’expliquer. Reprenant des éléments du discours 41 de saint Grégoire le Théologien pour la Pentecôte, l’hymnographie clame : « Fêtons la Pentecôte et la venue de l’Esprit. En elle la promesse s’accomplit et l’espérance est réalisée. Mystère vénérable et rempli de majesté ! Aussi nous te crions : Créateur de l’univers, Seigneur, gloire à toi ! » (lucernaire). Contre les pneumatomaques qui ne reconnaissaient pas la divinité du Saint Esprit, le réduisant à une simple puissance divine, l’Église proclame aujourd’hui sa foi en un seul Dieu en trois personnes. Non pas trois personnes séparées, non pas trois Dieux, mais un seul Dieu, le Dieu unique de l’Ancien Testament, en qui se révèlent le Père, le Fils et le Saint Esprit, partageant toujours la même unique divinité et donc consubstantiels, toujours inséparables et agissant ensemble. « Confessez, mes amis, la Trinité d’une unique divinité, ou, si vous le voulez, d’une unique nature… » écrit saint Grégoire le Théologien. « L’Esprit Saint était toujours, il est et il sera : il n’a pas commencé, il ne finira point, toujours il est uni au Père et au Fils et compté avec eux. Il ne convenait pas, en effet, qu’à un moment quelconque le Fils manquât au Père, ou l’Esprit au Fils…. ».

Cette révélation fut un réel défi : comment l’Église pouvait-elle concilier ces trois personnes révélées dans le Nouveau Testament avec le monothéisme strict de l’Ancien Testament ?

C’est pourquoi l’hymne attribuée à l’empereur Léon le Sage clame : « Venez, tous les peuples, adorons la divinité en trois personnes : le Père dans le Fils avec le saint Esprit » (lucernaire, doxastikon). Ce Dieu unique en trois personnes existe de toute éternité, avant la création de l’espace et du temps. De ce fait, l’empereur ajoute : « Car le Père engendre le Fils de toute éternité, partageant le même trône et la même éternité. Et l’Esprit saint est dans le Père, glorifié avec le Fils, puissance unique, une seule divinité, un seul être devant qui nous tous, les fidèles, nous prosternons en disant : Saint Dieu qui as tout créé par le Fils avec le concours du saint Esprit » — autrement dit Dieu le Père a créé le monde et l’homme par sa Parole qui est son Fils (cf. Gn 1, 3 et suivants) et avec le concours du Saint Esprit (cf. Gn 1, 2). Et il ajoute : « Saint fort par qui le Père nous fut révélé et par qui le saint Esprit est venu dans ce monde » — autrement dit le Fils en tant qu’image visible du Dieu invisible (Col 1, 15) nous révèle le Père, et ayant accompli l’économie divine, il envoie un autre Paraclet (Jn 14, 16), l’Esprit Saint pour nous sanctifie. Autre Paraclet veut dire selon saint Grégoire le Théologien « un autre moi-même, l’indication d’une communauté de puissance », car « autre se dit non pas de ceux qui sont sans rapports entre eux, mais de ceux qui ont même essence ». Et Léon le sage conclut ainsi son hymne : « Saint immortel, Esprit consolateur qui procèdes du Père et reposes dans le Fils, Trinité sainte, gloire à toi ».

Toute l’œuvre de Dieu, ce que nous appelons l’économie divine, est par conséquent trinitaire

Le Dieu unique de l’Ancien Testament nous fut révélé dans la Trinité dans le Nouveau Testament. Toute l’œuvre de Dieu, ce que nous appelons l’économie divine, est par conséquent trinitaire. C’est l’unique Dieu en trois personnes qui a tout créé. De même, l’unique Dieu en trois personnes a réalisé notre salut. Le Fils de Dieu, s’étant incarné et ayant souffert la passion, et étant ressuscité des morts et étant monté aux cieux, a réconcilié l’humanité avec la divinité. Et l’ayant réconcilié, il nous donne l’Esprit Saint qui nous sanctifie et qui nous procure la grâce nécessaire à notre salut. Car, comme le clame l’hymnographe : « Toute grâce vient du saint Esprit. Il est la source des prophéties, il initie les prêtres et confère la sagesse aux illettrés, il transforme en théologiens de simples pécheurs et tout entière il affermit l’Église rassemblée. Paraclet consubstantiel au Père et au Fils et partageant un même trône avec eux, Seigneur, gloire à toi » (lucernaire).

Par son incarnation, sa Passion sur la Croix, sa résurrection d’entre les morts, et sa glorieuse ascension aux cieux par laquelle il éleva notre nature humaine jusqu’au trône céleste, le Verbe incarné et crucifié a réconcilié l’humanité avec la divinité. Ce n’est alors que la venue du Saint Esprit fut rendue possible afin qu’il nous procure la grâce nécessaire pour communier à la vie divine. « Comme tu promis jadis à tes Disciples sa venue, ô Christ ami des hommes, en envoyant l’Esprit consolateur, tu as fait luire sur le monde la lumière. Ce qui fut jadis annoncé par les Prophètes et par la Loi en ce jour est accompli, car la grâce de l’Esprit repose sur tout fidèle » (canon de Cosmas, ode 1).

La grâce divine nous est procurée par le Saint Esprit par les sacrements de l’Église qui nous permettent de devenir « dieux » selon la grâce

Cette venue de l’Esprit saint sur chaque fidèle se réalise au moment du baptême où venant habiter en nous, il nous fait communier par la grâce non seulement à lui, mais aussi au Père et au Fils desquels il est inséparable. C’est pourquoi nous chantons : « Lumière est le Père, lumière le Verbe, lumière aussi le saint Esprit sur les Apôtres envoyé sous la forme de langues de feu et par lui le monde entier reçoit au baptême la clarté pour adorer la sainte Trinité » (exapostilaire). Cette grâce divine nous est procurée par le Saint Esprit, qui est partout présent et qui emplit tout, qui nous purifie et nous sanctifie, tout au long de notre vie par les sacrements de l’Église qui nous permettent de communier à la vie divine, et ainsi, de devenir « dieux » selon la grâce. C’est pourquoi nous le confessons et le prions ainsi : « Esprit très-saint qui procèdes du Père et qui par le Fils es venu sur les Disciples illettrés, sauve et sanctifie tous ceux qui te reconnaissent comme Dieu » (exapostilaire).

Archevêque Job de Telmessos

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