Français, Homélies

Quatrième dimanche du Carême

Alors que nous poursuivons notre progression vers la célébration de Pâques, nous venons d’entendre la lecture d’un passage de l’évangile selon saint Marc relatant la guérison d’un enfant épileptique, «possédé par un esprit muet» comme le dit le texte (Mc 9, 17), amené par son père aux disciples du Christ pour qu’ils le guérissent. Devant leur incapacité, le père vient implorer le Seigneur lui-même.

L’épisode se déroule alors que le Christ et trois de ses disciples – Pierre, Jacques et Jean, redescendent du Tabor après la Transfiguration (Mc 9, 2-8). Il prend place sur la route qui conduit le Christ et ses disciples vers Jérusalem pour sa Passion, entre les deux annonces de celle-ci (Mc 8, 31-33 et 9, 31). Or, comme nous l’enseigne l’Église par son hymnographie, le Christ s’est transfiguré devant ses disciples «afin qu’en le voyant sur la croix ils comprennent que sa Passion était volontaire et proclament au monde qu’Il est en vérité le reflet de la splendeur et de la gloire du Père» (kondakion de la fête).

La mort sur la Croix conduit l’humanité à la vie éternelle par la Résurrection

En effet, c’est la mort du Christ sur la Croix est le chemin qui conduit l’humanité tout entière à la vie éternelle par la Résurrection. Or, c’est précisément pour les disciples qui se demandaient ce que signifie se lever des morts après avoir vu la Transfiguration du Seigneur (Mc 9, 10), que le Christ accomplit ce miracle donnant ainsi une première réponse : l’enfant possédé qui passait sa vie au niveau du sol, comme un mort, et qui ne cessait de se rouler par terre, est relevé par le Christ qui le conduit à une vie nouvelle.

Une fois de plus, l’évangile nous présente le salut accompli « au milieu de la terre » par notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ comme une guérison. Le fait que le salut soit perçu ou présenté comme une guérison souligne l’importance du corps. Le salut n’est pas seulement une affaire de l’âme. Le salut n’est pas seulement une chose spirituelle. Il implique l’homme tout entier – il implique son corps et son âme.

La question centrale de ce passage tourne autour de la foi et de la figure du croyant

Dans le récit évangélique d’aujourd’hui, il y a une insistance particulière sur la foi. La question centrale de ce passage tourne autour de la foi et de la figure du croyant. D’une part, le Seigneur reproche à la foule et à ses disciples leur manque de foi : « O génération qui manque de foi, jusques à quand vous supporterai-je ! » (Mc 9, 19). Mais d’autre part, le Christ affirme que « tout est possible à celui qui croit » (Mc 9, 23). C’est pourquoi la guérison ne devient possible dans ce récit qu’après la confession de foi du père : « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon manque de foi » (Mc 9, 24).

Il ne faut pas oublier le contexte dans lequel ce passage était jadis lu dans l’Église ancienne. Toute cette période de Carême était vécue avant tout comme la préparation au baptême de ceux qui l’avaient demandé. Ceux-ci étaient accompagnés par leurs parrains ainsi que par l’ensemble des croyants qui revivaient, pour ainsi dire, leur engagement du baptême. Or, le préalable du baptême est notre foi. Avant d’être baptisé, le catéchumène confesse sa foi en Jésus-Christ. Ce n’est qu’après avoir rejeté Satan et toutes ses œuvres, après avoir confessé le Christ et s’être joint à Lui, que le catéchumène est baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, et qu’il participe alors personnellement à la mort, à l’ensevelissement et à la résurrection du Christ.

L’ascèse du jeûne doit s’unir à l’ascèse de la prière pour permettre à notre être tout entier, corps et âme, à se purifier, à se renouveler, d’être guéri et d’être transfiguré

Il est aussi intéressant de noter dans le passage d’aujourd’hui qu’à l’interrogation des disciples, pourquoi ils n’avaient pas réussi eux-mêmes à guérir l’enfant, le Christ répond : « Ce genre ne peut sortir en aucune façon sinon par la prière et le jeûne » (Mc 9, 29). Pour nous chrétien, la prière est un chemin de foi. La prière se fonde en effet en notre foi en Dieu. Elle reflète aussi notre espérance. Par la prière, nous ne faisons pas que confier notre vie à Dieu, mais nous croyons profondément, et nous espérons, que Dieu sait mieux que quiconque ce qui est nécessaire à notre vie et à notre salut.

Quant au jeûne, Jean Chrysostome nous dit que « le jeûne est le remède le plus efficace et le plus nécessaire à cette sorte de maladie ». Et il ajoute : « Le jeûne joint à la foi redouble encore le mérite de celle-ci. Car le jeûne a une force toute particulière. Il fait que nous excellons dans toutes les autres vertus. Il change les hommes en anges et les rend capable de combattre dans une chair fragile contre les esprits de malice et contre les princes des ténèbres ». Mais il nous met aussi en garde : « Il ne faut pas que nous nous contentions de jeûner, il faut encore que la prière accompagne notre jeûne » (Homélies sur Matthieu 57, 4).

L’ascèse du jeûne que nous menons pendant cette période du Carême nous rappelle que notre corps participe lui aussi à notre salut. Puisque le salut de l’homme touche l’homme tout entier, corps et âme, le corps et l’âme doivent être purifiés, maîtrisés, afin d’être constamment unis au Christ. C’est pourquoi l’ascèse du jeûne doit s’unir à l’ascèse de la prière, et ainsi, permettre à notre être tout entier à se purifier, à se renouveler, d’être guéri et d’être transfiguré, afin que nous puissions recevoir en héritage le Royaume de Dieu vers où nous cheminons depuis notre baptême et où revient gloire, honneur et adoration au Père et au Fils et au Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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