Français, Homélies

Troisième dimanche du Carême

Nous voici arrivés au milieu du temps du Carême. La semaine dernière, dans la lecture de l’évangile du dimanche, le Seigneur ordonnait au paralytique de porter son grabat et de rentrer chez lui (Mc 2, 11). Aujourd’hui, Il nous ordonne de porter notre croix et de le suivre (Mc 8, 34). La semaine dernière, il pardonnait les péchés du paralytique et le guérissait de son infirmité, aujourd’hui il nous ordonne de renoncer à nous-mêmes, de nous charger de notre croix, et de le suivre (Mc 2, 11).

Par le miracle évoqué dans l’évangile la semaine dernière, le Christ nous a signifié qu’Il est venu dans le monde pour guérir l’humanité des conséquences de la chute et pour nous délivrer des liens du péché et de la mort. Cette guérison et cette libération du péché s’est réalisée dans le sacrifice du Christ, offert une fois pour toute, sur la Croix du Golgotha, et par Sa Résurrection. Cet événement salutaire est non seulement l’événement fondateur de notre foi, mais il est aussi l’événement central dans notre vie ecclésiale, et par conséquent, dans la liturgie de notre Église. Toute cette période du Carême que nous traversons maintenant nous prépare à revivre dignement cet événement salutaire.

La guérison et la libération du péché s’est réalisée dans le sacrifice du Christ, offert une fois pour toute, sur la Croix du Golgotha, et par Sa Résurrection

Le sacrifice du Christ sur la Croix a été offert une fois pour toute et il a une portée universelle. Le Christ «s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs» nous le dit l’Épître aux Hébreux (9, 28). Ce sacrifice par lequel l’humanité tout entière a été réconciliée avec Dieu nous ouvre les portes du Royaume céleste. Cependant, pour en recevoir l’héritage, Dieu compte sur notre collaboration. De même que nous ayant créé libres, Il ne pouvait empêcher Adam de pécher, de même, respectant notre liberté, Il ne peut nous imposer le salut.

C’est pourquoi le Christ, respectant notre liberté, nous propose et nous invite sans nous contraindre à le suivre : «Si quelqu’un veut venir après moi» (Mc 8, 34) dit-il… Comme le note saint Jean Chrysostome en commentant ce passage, «Il ne contraint et ne violente personne» (Homélies sur Matthieu 55). Soulignant cette liberté, Chrysostome ajoute : «Lorsqu’on propose à qui l’on propose une chose libre de la faire ou pas, c’est un moyen bien plus puissant pour l’attirer à ce qu’on désire de lui, car les paroles douces et obligeantes font plus d’effet sur nos esprits que la force et la contrainte». Il nous invite donc à le suivre et à collaborer avec lui, car comme le dit Chrysostome, «plus Il chérit une âme, plus il veut qu’elle contribue de sa part à son bonheur et à la gloire. Il ne peut souffrir que la grâce fasse tout en elle, et qu’elle n’y réponde pas point par ses travaux».

Le Seigneur, donc, par son sacrifice sur la Croix et sa résurrection, nous a ouvert la voie du salut, et Il nous invite en retour, à le suivre afin de participer à son héritage. Pour cela, Il nous invite à faire trois choses : premièrement – renoncer à nous-mêmes, deuxièmement — porter notre croix, troisièmement — le suivre.

Le Christ nous invite à faire trois choses : premièrement – renoncer à nous-mêmes, deuxièmement — porter notre croix, troisièmement — le suivre

Que signifie renoncer à soi-même ? Cela signifie pour les Pères de l’Église abandonner notre corps. Comme le dit saint Jean Chrysostome : «Jésus-Christ nous commande de traiter notre propre corps : […] que nous l’abandonnions aux périls et aux souffrances et que nous ayons moins de compassion de lui que d’un étranger ou d’un ennemi». Ces paroles peuvent nous sembler très dures, pour nous qui vivons à une époque où l’hédonisme triomphe et où le luxe et la technologie nous proposent un confort qui constamment nous incite à prendre soin de notre corps, de notre apparence, de notre bien-être. L’homme d’aujourd’hui est tellement préoccupé de lui-même qu’il est devenu un individu, coupé de Dieu et du reste de l’humanité, qui n’a qu’une seule préoccupation : son propre ego. Renoncer à soi-même signifie donc combattre notre individualisme, lutter contre notre égoïsme, et ne plus vivre que pour le plaisir et le confort de notre corps, mais vivre en Christ et pour le Christ. Cela devient possible en optant pour un mode de vie ascétique, où nous refusons le superflu et nous contentons du strict nécessaire. L’ascèse du jeûne que nous pratiquons durant cette période de l’année est une discipline qui nous y incite et qui nous l’apprend.

Renoncer à soi-même signifie donc combattre notre individualisme, lutter contre notre égoïsme, et ne plus vivre que pour le plaisir et le confort de notre corps

Que signifie porter sa croix ? Saint Jean Chrysostome nous l’explique ainsi : «Renoncer jusqu’à mourir, et mourir d’une mort infâme comme est celle de la croix, et la porter non une ou deux fois, mais durant toute votre vie». Combien d’entre nous sont-ils prêts à mourir pour le Christ ? Or, être chrétien, c’est d’abord d’être un martyr, ce qui signifie être un témoin du Christ. Le monde qui nous entoure devient de plus en plus hostile face aux chrétiens, à un tel point que certains parlent de « christianophobie » ou d’antichristianisme qui se manifeste dans la critique, l’opposition, la méfiance, l’hostilité, la discrimination, la répression ou la persécution des chrétiens. Habitués à la paix et à la liberté d’expressions, nous sommes de nouveau témoins de persécutions et de martyres de nos frères chrétiens partout dans le monde. Dans ces conditions, l’appel du Christ à porter notre croix nous incite à être ferme dans notre foi et courageux dans le témoignage que l’on en porte dans notre vie quotidienne.

Être chrétien, c’est d’abord d’être un martyr, ce qui signifie être un témoin du Christ, prêt à mourir pour lui

Que signifie suivre le Christ ? Pour saint Jean Chrysostome, «suivre Jésus-Christ comme on le doit suivre, c’est avoir soin, lors même qu’on souffre, de pratiquer toutes les autres vertus et de souffrir seulement pour Jésus-Christ». Le christianisme n’est pas une religion de la souffrance. Notre foi n’est pas masochiste. Le Christ ne désire pas que nous souffrions, car il est venu nous guérir et nous libérer de nos souffrances. C’est pourquoi, la souffrance n’est pas un but en soi. Le but de notre vie, est de suivre le Christ et d’en être les témoins au quotidien, dans chaque circonstance de notre vie, et d’en être les fidèles témoins en dépit de toute circonstance, y compris dans la souffrance et les moments pénibles de notre vie. La souffrance que nous supportons pour le Christ doit donc se jumeler à la patience, à l’amour, à la générosité, à la tempérance…

La souffrance n’est pas le but de notre vie qui est de suivre le Christ: d’en être les fidèles témoins en dépit de toute circonstance

C’est ainsi que, choisissant librement de suivre le Christ en renonçant à notre égoïsme, en portant notre croix en étant fidèles en peu de choses, nous cheminerons avec lui et arriverons au but de notre vie : entrer dans la joie de Son Royaume (cf. Mt 25, 21), là où lui revient gloire et adoration dans les siècles des siècles. Amen.

– Archevêque Job de Telmessos

Standard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *