Français, Homélies

Cinquième dimanche de Pâques

En cette période pascale, nous poursuivons la lecture de l’Évangile du saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien qui nous transmets un enseignement mystagogique du mystère du salut en Christ. L’évangile que nous venons de lire ce dimanche relate le discours du Seigneur avec la Samaritaine. Dans l’Évangile de Jean, c’est le deuxième grand discours du Christ, celui qui suit celui avec Nicodème où le baptême est clairement évoqué par l’allusion à la « seconde naissance » (Jn 3, 3), où notre Seigneur affirme clairement que nous ne pouvons entrer dans le Royaume de Dieu si nous ne renaissons pas d’eau et d’Esprit (Jn 3, 5).

Le dialogue d’aujourd’hui se situe dans une ville de Samarie nommée Sychar, près du puit de Jacob, à la sixième heure du jour, c’est-à-dire aux alentours de midi. Nous comprenons dès lors que le lieu du puit ainsi que la chaleur et la soif propre à l’heure du jour amèneront naturellement le thème de l’eau qui est central dans l’évangile d’aujourd’hui. Et cette eau ne sera pas sans nous rappeler l’eau de notre baptême.

Le thème de l’eau qui est central dans l’évangile d’aujourd’hui nous rappele l’eau de notre baptême

Le dialogue s’engage entre le Christ et la Samaritaine. Il est significatif qu’il s’engage entre un homme et une femme, ce qui n’était pas commun à l’époque, et d’autant plus entre un Juif et une Samaritaine, car comme le souligne l’évangéliste lui-même, « Les Juifs n’ont pas de relations avec les Samaritains » (Jn 4, 9). De plus, nous pourrions qualifier la femme samaritaine de pécheresse, car celle-ci a eu cinq maris, et celui avec lequel elle cohabitait n’est pas son mari légitime (Jn 4, 18). Il faut donc comprendre que par ce dialogue le Seigneur veut nous révéler l’universalité du salut qu’il est venu apporter, non seulement pour la gloire de Son peuple, Israël, mais aussi « pour éclairer les nations » (Lc 2, 32) ; non seulement pour « appeler des justes, mais aussi des pécheurs » (Mc 2, 17).

L’évangéliste veut donc nous présenter le Christ comme la source d’eau vive

Un dialogue s’instaure donc entre eux, rempli de quiproquos. Alors que la femme de Samarie vient puiser de l’eau au puits, le Seigneur lui dit : « Donne-moi à boire ! » (Jn 4, 7). Le dialogue se poursuit. Cependant, alors que tous deux parlent d’eau, ils ne parviennent pas à s’entendre, ou plus exactement, la Samaritaine n’arrive pas à comprendre ce que le Sauveur cherche à lui dire. Elle pense à l’eau matérielle, celle qu’elle est venue puiser, alors que le Christ lui parle de l’eau, symbole d’un autre ordre de vie, d’une autre dimension d’existence, d’une dynamique qui fait de l’interlocuteur une source. L’évangéliste veut donc nous présenter le Christ comme la source d’eau vive. Et l’eau qui jaillit de lui entretient une soif qui est celle de l’Esprit saint. D’ailleurs, le saint apôtre Paul, commentant le miracle de l’eau jaillit du rocher lors de la pérégrination du peuple hébreu dans le désert (Ex 17, 6), ne nous dit-il pas qu’ils « buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ » (1 Co 10, 4) ?

En plaçant la samaritaine auprès du Dieu incarné, source de vie, certains Pères de l’Église opposeront le puits et la source. Le puits de Jacob symbolise donc l’Ancien Testament qui avait préparé le peuple d’Israël au salut, alors que le Christ est la source de notre salut. Origène, un grand écrivain ecclésiastique du 3e siècle, écrit : « Nous avons lu que les patriarches ont eu leurs puits : Abraham a eu le sien, Isaac aussi, Jacob aussi. Pars de ces puits, parcours l’Écriture en quête des puits et arrive aux Évangiles. Tu retrouveras celui sur le bord duquel le Seigneur se reposait après la fatigue du voyage, quand survint une Samaritaine qui voulait puiser de l’eau… Tu le vois donc celui qui croit en lui possède plus qu’un puits, des puits ; plus que des sources, des fleuves ; sources et fleuves qui ne soulagent point cette vie mais procurent l’éternelle. Ainsi donc, […], là où il est question de puits en même temps que de sources, il faut comprendre qu’il s’agit du Verbe de Dieu ; puits s’il cache quelque profond mystère ; source s’il déborde sur les peuples et les arrose » (Homélie sur les nombres XII, 1).

Le don de Dieu, c’est l’Esprit saint

Il est remarquable qu’aux propos de la femme qui confesse ne pouvoir lui donner à boire à cause de son statut de samaritaine, le Christ réponde : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive ! » (Jn 4, 10). De quel don de Dieu s’agit-il ? Saint Augustin répond clairement : « Le don de Dieu, c’est l’Esprit saint ! » (Homélies sur Jean XV, 12), dont la venue en ce monde, sur l’Église, a été rendu possible par le mystère du salut réalisé par la mort et la résurrection du Christ.

Et c’est alors que le Seigneur explique à la Samaritaine ce qu’il entend par eau vive : « mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jn 4, 14). Ici le langage du Christ est clair : l’eau dont il parle deviendra en celui qui croit en lui une source pour la vie éternelle. C’est pourquoi celui qui boira de cette eau n’aura plus jamais soif.

Il est significatif que le thème de la soif traverse tout l’Évangile de Jean : après la rencontre avec la Samaritaine, nous le retrouvons lors du discours du Christ le jour de la fête des Tentes : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein » (Jn 7, 37-38). Nous le retrouvons ensuite à la Croix, lorsque le Christ, portant sur lui tous les péchés du monde, avant de mourir, dit pour réaliser les Écritures : « J’ai soif ! » (Jn 19, 28). La soif du Christ crucifié nous donne accès au mystère de Dieu, qui s’est laissé assoiffer pour nous désaltérer, comme il s’est fait pauvre pour nous enrichir (2 Cor 8, 9).

Le Fils de Dieu a soif de notre salut

Le Fils de Dieu a soif de notre salut. Il a soif de notre foi et de notre amour. C’est pourquoi Il désire pour nous tout le bien possible, et ce bien c’est Lui-même. La Samaritaine représente quant à elle, par son état de pécheresse, l’insatisfaction existentielle de celui qui n’a pas trouvé ce qu’il cherche. Bien qu’elle ait eu cinq maris et qu’elle vive avec un autre homme, elle ne trouve pas son bonheur qui est symbolisé par ses allers-retours au puits pour prendre de l’eau. Tout cela cependant changea au moment de ce dialogue avec notre Seigneur Jésus qui l’a bouleversé au point qu’elle laissa sa cruche d’eau et alla annoncer aux gens de son village : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-ce point le Christ ? » (Jn 4, 28-29).

Commentant ce passage, saint Jean Chrysostome nous exhorte : « Nous devons brûler d’une grande ferveur et d’un grand zèle, sous peine de ne pouvoir parvenir au bonheur qui nous est promis. C’est précisément ce que veut nous faire savoir le Christ quand il dit : Celui qui ne prend pas sa croix et ne marche pas à ma suite n’est pas digne de Moi ! Et encore : Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que voulais-je, sinon qu’il brûle ? Ces deux paroles nous montrent qu’un disciple doit brûler du feu de la ferveur et être prêt à subir tous les périls. Telle était bien la Samaritaine : les paroles du Christ l’enflammèrent au point qu’elle planta là son amphore et l’eau qu’elle venait de puiser, elle qui n’avait fait tout ce chemin que pour cela, qu’elle courut à la ville, et qu’elle amena au Christ toute la population » (34e Homélie sur l’évangile de saint Jean)

Puissons-nous, nous aussi, chers frères et sœur, brûler d’un tel zèle, nous qui avons revêtu par notre baptême cette source qu’est le Christ, et ainsi abreuvés abondamment de l’eau vive qu’est la grâce du Saint-Esprit, vivre notre vie présente conformément à notre attente de la vie éternelle dont il nous a été fait don. Pour ces grands bienfaits, qu’à notre Dieu soit la gloire — au Père, et et au Fils, et au Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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