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Septième dimanche de Pâques

Nous venons d’entendre dans la lecture de l’évangile d’aujourd’hui (Jn 17, 1-13) la prière de notre Seigneur Jésus-Christ juste avant sa Passion salutaire. Ce passage a été choisi pour la solennité d’aujourd’hui : celle des 318 Pères du premier concile œcuménique qui fut convoqué par l’empereur Constantin et qui s’est réuni dans la ville de Nicée le 19 juin 325 pour rétablir l’unité de l’Église tant en Orient qu’en Occident, suite à l’hérésie d’Arius, un prêtre de l’Église d’Alexandrie, qui avait affirmé que le Verbe et Fils de Dieu était une créature, et « qu’il fut un temps où il n’était pas ». Arius considérait le considérait donc certes comme une créature parfaite, mais inférieur à Dieu, une sorte d’intermédiaire entre Dieu et le monde.« Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mc 8, 29) est la question posée par notre Seigneur à ses disciples qui a provoqué le plus de discussions et fait couler le plus d’encre dans l’histoire. Alors que certains le considéraient et le considèrent encore de nos jours comme un prophète, d’autres comme un sage, un maître, un philosophe… Seul l’apôtre Pierre, dans l’évangile, eut le courage de reconnaître en lui le Christ, c’est-à-dire le Messie. Les Pères du premier concile œcuménique fondèrent leur enseignement sur la révélation de l’Évangile, et particulièrement sur l’Évangile de Jean le Théologien où est affirmée clairement l’incarnation de Dieu, ainsi que l’égalité du Père et du Fils : « Et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père » (Jn 1, 14) – avons nous entendu dans la lecture de la nuit de Pâques.

Et vous, qui dites-vous que je suis ?

Dans le passage que nous venons de lire, il apparaît clairement que le Fils de Dieu existait avant la création du monde, donc avant l’apparition du temps, c’est-à-dire de toute éternité. En effet, dans sa prière sacerdotale à Gethsémanie, le Seigneur prie son Père : « Et maintenant toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût » (Jn 17, 5). C’est pourquoi les 318 Pères du concile de Nicée dont nous célébrons la mémoire en déduire que le Fils était de même essence que le Père.

Le symbole de foi du premier concile œcuménique que nous récitons chaque jour confesse en effet la foi de l’Église en « en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père, par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, Il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Ecritures, et il monta au ciel; Il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin ».

Et nous venons d’entendre dans sa prière sacerdotale que notre Seigneur, Jésus-Christ, demande à son Père qui « lui as donné pouvoir sur toute chair », d’accorder la vie éternelle à tous ceux qu’Il lui a donnés (Jn 17, 2). Or, dit-Il, « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3).

Saint Grégoire le Théologien, un évêque du IVe siècle, chercha toujours pendant toute sa vie à rétablir la paix et l’unité dans l’Église de son temps qui était tout aussi divisée qu’aujourd’hui par les discordes et les hérésies. Avec audace évangélique, il fit resplendir la lumière de la Trinité, en défendant la foi proclamée par le Concile de Nicée : un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes – le Père, le Fils et l’Esprit Saint. A la suite de saint Paul qui affirmait que « pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes » (1 Co 8, 6), il affirmait : « pour nous il y a un Dieu, le Père, dont tout procède ; un Seigneur, Jésus-Christ, à travers qui tout est ; et un Esprit Saint en qui tout est » (Oratio 39, 12. SC 358, 172).

Ce qui n’a pas été assumé, n’a pas été guéri

Saint Grégoire a souligné tout particulièrement la pleine humanité du Christ. Contre Apollinaire de Laodicée qui soutenait que Jésus-Christ n’avait pas assumé une âme rationnelle, Grégoire souligne qu’il était indispensable pour le Christ, afin de racheter l’homme dans sa totalité, d’assumer toutes les composantes de la nature humaine – le corps, l’âme et l’esprit – sans quoi l’homme n’aurait pas été sauvé, partant du principe que « ce qui n’a pas été assumé, n’a pas été guéri » (Ep 101, 32. SC 208, 50). Tout comme les 318 Pères de Nicée, saint Grégoire considérait tout problème théologique à la lumière du mystère du salut. Certes, une hérésie peut très bien être fondée du point de vue philosophique et même du point de vue biblique, mais comment peut-elle refléter la vérité si elle ne peut expliquer notre salut ?

Si le Christ n’avait été qu’un homme, même le meilleur des hommes, la plus parfaite des créatures, le plus sage des philosophes ou le plus inspiré des prophètes, comment aurait-il pu nous sauver ? Et si, dit saint Grégoire, le Christ n’avait pas été « doté d’une intelligence rationnelle, comment aurait-il pu être homme ? » (Ep 101, 34. SC 208, 50). Or, c’était précisément notre intelligence, notre raison qui avait et qui a besoin de cette relation, de cette rencontre salutaire avec Dieu dans le Christ. En devenant homme, le Christ nous a donné la possibilité de devenir, à notre tour, comme Lui. Tel est le sens de tout le mystère du salut qui se réalise dans la chair en sa totalité. C’est pourquoi notre Seigneur prie son Père dans sa prière sacerdotale : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un comme nous » (Jn 17, 11). Et cette unité avec le Dieu trinitaire nous est donnée dans l’Église, qui est le corps mystique du Christ, et ses sacrements.

Notre humanité a été élevée par le Christ jusqu’au cieux, nous donnant la possibilité de communier à la vie divine

Cette pleine égalité du Fils de Dieu fait homme est particulièrement soulignée par la fête de l’Ascension que nous venons de célébrer il y a quelques jours, par le fait qu’Il est remonté avec son corps d’homme aux cieux où Il siège à la droite du Père. Ainsi, notre humanité a été élevée par le Christ jusqu’au cieux, nous donnant la possibilité de communier à la vie divine. C’est pourquoi saint Grégoire le Théologien nous exhorte : « Cherchons à être comme le Christ, car le Christ est lui aussi devenu comme nous : cherchons à devenir des dieux grâce à Lui, du moment que Lui-même, par notre intermédiaire, est devenu homme. Il assuma le pire, pour nous faire don du meilleur » (Oratio 1, 5. SC 247, 78). Tel est le but de la vie chrétienne. Tel est le sens du mystère du salut que nous ont enseigné les 318 Pères du premier concile œcuménique dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire. Tel est la raison de l’incarnation du Fils unique et Verbe de Dieu. A lui soit la gloire, l’honneur et l’adoration, avec son Père sans commencement et son Esprit bon et vivifiant, dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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