Français, Homélies

Deuxième dimanche après la Pentecôte

Nous venons d’entendre la lecture de l’évangile selon Matthieu relatant la vocation des premiers apôtres. Notre Seigneur, rencontrant deux frères, Pierre et André, alors qu’ils pêchaient, les appelle à venir à sa suite : « Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mt 4, 19). L’évangéliste nous dit qu’aussitôt, ayant entendu cet appel, ils laissèrent leurs filets et le suivirent. Deux autres frères, Jacques et Jean, fils de Zébédée, firent de même.

Commentant ce passage, saint Jean Chrysostome attire notre attention sur la foi et l’obéissance des apôtres : « C’est pendant qu’ils jettent leurs filets, c’est au milieu de leur travail que Jésus leur parle ; or, vous savez combien la pêche est une occupation astreignante, et, à peine ont-ils entendu son ordre, qu’ils le suivent sans différer, sans hésiter. Ils ne disent pas : nous allons seulement jusqu’à la maison, pour faire les derniers adieux à nos proches. […] C’est ainsi que Jésus exige de nous une obéissance prompte et parfaite, et qui exclut tout retard quand même les empêchements les plus forts nous retiendraient » (Commentaire sur Matthieu).

Par la lecture de ce passage, l’Église nous rappelle aujourd’hui une chose fondamentale : l’enseignement qui nous est transmis par l’Église depuis deux millénaires, depuis les saints apôtres, est fondé sur le Christ lui-même et conformément à ses instructions. Saint Clément de Rome qui a vécu au premier siècle nous dit : « Les apôtres ont été dépêchés comme messagers de la bonne nouvelle par le Seigneur Jésus-Christ. Jésus-Christ a été envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu et les apôtres viennent du Christ : ces deux choses découlent en bel ordre de la volonté de Dieu. Après avoir donc reçu leurs instructions, et après avoir été confirmés par la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, pleins de foi en la parole de Dieu, ils s’en allèrent, avec la conviction donnée par l’Esprit saint porter la bonne nouvelle de la venue du Royaume de Dieu. Prêchant à travers les villes et les campagnes, les apôtres établirent leurs prémices après les avoir éprouvés dans le Saint-Esprit, et les instituèrent comme évêques et comme diacres des futurs croyants » (Aux Corinthiens 42, 1-5).

L’Église est apostolique

Nous comprenons dès lors que l’Église soit apostolique. C’est ce que nous confessons chaque fois que nous récitons le Symbole de foi : « Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Nous reconnaissons donc que depuis son origine, les Apôtres ont joué un rôle clé non seulement dans la fondation des Églises locales mais aussi dans l’enseignement chrétien. Chaque Église locale est en effet fondée sur le témoignage de la foi des Apôtres. L’Église reste fidèle à l’enseignement des saints apôtres transmis non seulement dans les écrits apostoliques du Nouveau Testament mais aussi par les œuvres des saints Pères. C’est pourquoi elle demeure si attachée à la Tradition apostolique. C’est précisément de cette manière que le Synodikon de l’Orthodoxie, lu chaque année le premier dimanche du Carême, définit la foi orthodoxe : « Ainsi que les Prophètes ont vu, que les Apôtres ont prêché, que l’Église a reçu, que les Docteurs ont dogmatisé et que l’univers a cru ; ainsi que la grâce a resplendi, que la vérité a été démontrée et l’erreur dissipé ; ainsi que la Sagesse a déclaré, et que le Christ a triomphé […] telle est la foi des Apôtres, telle est la foi des Pères, telle est la foi des Orthodoxes, telle est la foi qui affermi l’univers » (Synodikon de l’Orthodoxie).

La tradition apostolique s’inscrit concrètement dans la succession ininterrompue des évêques dans l’Église depuis leur institution par les apôtres

Cependant, cette tradition apostolique n’est pas qu’une chose d’abstraite, intellectuelle et désincarnée. La tradition apostolique s’inscrit concrètement dans ce que nous appelons la succession apostolique, c’est-à-dire la succession ininterrompue des évêques dans l’Église depuis leur institution par les apôtres. Comme en témoigne saint Clément de Rome à la fin du premier siècle, « nos apôtres savaient très bien de par notre Seigneur Jésus-Christ qu’il y aurait une lutte au sujet de l’épiscopat. C’est pourquoi, ayant une prescience parfaite, ils installèrent les évêques et les diacres, et ensuite ils ont donné l’ordre qu’après leur mort, d’autres hommes éprouvés succèdent à leur ministère » (Aux Corinthiens 44, 1-2). Ce témoignage d’une extrême importance montre bien que dans la conscience de l’Église primitive, les premiers évêques apparurent comme les successeurs des apôtres non seulement à la tête des Églises locales mais aussi comme les successeurs dans l’enseignement juste et véritable, fidèle à l’enseignement du Christ.

Étant ordonnés sacramentellement par d’autres évêques lors de la Divine Liturgie, les évêques de l’Église entrent de cette manière dans une succession ininterrompue depuis le Christ. Et les sacrements de l’Église ont besoin de cette apostolicité pour être légitimes. La succession apostolique est assurée dans la vie de l’Église par la continuité ininterrompue du sacrement de l’eucharistie. Et les évêques de l’Église, en tant que successeurs des apôtres, assurent la continuité non seulement de la succession d’ordre mais aussi dans la succession de foi, dans la célébration de la sainte eucharistie et dans la vie sacramentelle de l’Église locale. C’est pourquoi saint Irénée de Lyon affirmait au 2e siècle : « pour nous, notre prédication s’accorde avec l’eucharistie et l’eucharistie en retour confirme notre prédication » (Contre les hérésies IV, 18, 5).

Pour cette raison, les évêques de l’Église ne sont pas qu’une simple autorité administrative dans l’Église. L’administration de l’Église, depuis l’époque apostolique, a comme base la continuité du ministère apostolique à travers l’épiscopat dans la continuité de la célébration de la liturgie eucharistique et de la vie sacramentelle de chaque Église locale. Les évêques sont donc les garants aussi bien de la véridicité de la sainte eucharistie que de la foi apostolique.

L’Église, tout comme notre société, traverse une crise d’autorité

Hélas, de nos jours, l’Église, tout comme notre société, traverse une crise d’autorité. L’homme d’aujourd’hui est caractérisé à la fois par son désir d’individualisme et de liberté cultivée par une quête effrénée de plaisirs. Par l’éloge de la toute puissance de la volonté et de la liberté de l’individu, le monde moderne a du mal à accepter les figures d’autorité. C’est pourquoi il rejette l’autorité en remettant en cause sa transmission et sa légitimité. Or, l’autorité n’est pas à confondre avec le pouvoir ou avec la contrainte. Au contraire, l’autorité conseille, guide et oriente. L’autorité est la capacité d’obtenir l’obéissance sans recourir à la force. L’exercice de l’autorité suppose un consentement de celui sur qui elle s’exerce, donc, de sa part, une reconnaissance de la personne dont émane l’autorité. L’autorité implique une relation librement consentie. Cela suppose une confiance qui ne peut naître que d’une certaine crédibilité.

Or, l’autorité épiscopale est fondée sur l’enseignement du Christ puisqu’elle s’inscrit précisément dans la succession apostolique. De ce fait, l’apostolicité de l’Église est intimement liée à son caractère missionnaire. L’Église a comme devoir de propager la foi, de faire connaître le Christ, de témoigner de la Résurrection, de diffuser l’Évangile et d’en vivre. Et toute l’Église est apostolique du moment où non seulement les évêques et les prêtres, mais également tous les fidèles, tous les baptisés, sont conscients du témoignage dont ils sont chargés dans ce monde. Puissions-nous, nous aussi, être fidèles et obéissants, sur le modèle des apôtres, pour suivre le Christ, en restant fidèles au témoignage des apôtres, en suivant dans l’obéissance nos guides que sont les évêques et les prêtres, et ainsi, hériter de la vie éternelle dans Son Royaume, où lui revient gloire et adoration dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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