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Septième dimanche après la Pentecôte

Nous venons d’entendre la lecture d’un passage de l’évangile selon saint Matthieu racontant la guérison de deux aveugles (Mt 9, 27-35). Chaque récit de guérison dans l’Évangile veut nous montrer qu’en vérité, Jésus-Christ est l’accomplissement de la Loi et des Prophètes. En effet, le saint prophète Isaïe avait annoncé, au sujet de la venue du Messie, qu’en « ce jour-là, les sourds entendront les paroles du Livre, et délivrés de l’obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront » (Is 29, 18). L’accomplissement physique de cette prophétie garantie l’accomplissement spirituel qui est notre salut en Jésus-Christ, salut qui nous est présenté dans l’Évangile comme la guérison de notre corps et de notre âme : la délivrance du péché et de la mort.

Les évangiles nous présentent plusieurs récits de guérison d’aveugles. Mis à part les deux aveugles d’aujourd’hui qui suivaient notre Seigneur, nous rencontrons dans l’évangile de Matthieu la guérison d’un autre aveugle muet et démoniaque (Mt 12, 22). Dans l’évangile de Marc, nous lisons les récits de la guérison d’un aveugle par la salive (Mc 8, 22-26) ainsi que la guérison de deux mendiants aveugles, dont Bartimée, à Jéricho (Mc 10, 46-53). Le saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien relate quant à lui la guérison de l’aveugle-né à la piscine de Siloé (Jn 9, 1-7).

Dieu veut le salut de tous les hommes

De nouveau, ce dimanche, deux personnes sont guéries. Comme pour la guérison des deux possédés dans le pays des Gadaréniens, ce détail symbolique fait sans aucun doute allusion aux deux peuples que le Messie est venu sauver : les Juifs et les païens, et veut donc souligner une fois de plus l’universalité du salut. Dieu veut le salut de tous les hommes. C’est ce salut que nous procure le Fils de Dieu incarné. Or, c’est en effet à lui que s’adressent les deux aveugles qui le suivent : « Aie pitié de nous, Fils de David ! » (Mt 9, 27). Remarquons ici l’expression « Fils de David » qui est un titre messianique, puisque l’Écriture disait « que c’est de la postérité de David, et du village de Bethléem, où était David, que le Christ doit venir » (Jn 7, 42).

Croyez-vous que je puisse faire cela ?

Une fois de plus, le récit de la guérison insiste sur la foi. En effet, notre Seigneur demande aux aveugles : « Croyez-vous que je puisse faire cela ? » (Mt 9, 28). Ces derniers ayant répondu : « Oui », Il leur dit en touchant leurs yeux : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Mt 9, 29), et c’est alors que « leurs yeux s’ouvrirent » (Mt 9, 30). C’est la foi des personnes en Jésus-Christ qui est le fondement du miracle qui symbolise notre salut. C’est par la foi que le serviteur du centurion fut guéri dans le récit que nous avons lu il y a trois semaines (Mt 8, 5-13) : « Va, qu’il soit fait selon ta foi » avait dit le Christ au centurion, « et à l’heure même le serviteur fut guéri » (Mt 8, 13). Dans le récit de la guérison du paralytique la semaine dernière, la foi était de nouveau le présupposé de la guérison et du salut : « Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés » (Mt 9, 2).

La foi est à la base de tout. Notre Seigneur dit lui-même dans l’Évangile : « tout est possible à celui qui croit » (Mc 9, 23). C’est la foi qui est à la base de notre salut. C’est la foi qui nous mène au baptême par lequel s’accomplit notre salut. Mais il ne faut pas oublier que la foi est un don de Dieu que nous sommes appelés à faire fructifier. A la fin de chaque Divine Liturgie, nous chantons : « Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la foi véritable, car c’est elle qui nous a sauvés ». La Lumière véritable est le Christ, le Fils de Dieu incarné. Nous ayant réconcilié avec Dieu par Sa mort et Sa Résurrection, Il nous a fait don de l’Esprit Saint. Et c’est par sa grâce qu’il nous est donné la foi véritable qui nous mène au salut. C’est pourquoi saint Paul dit que si le Christ n’est pas vraiment ressuscité, notre foi est vaine (1 Co 15, 14). La foi est un don de l’Esprit saint qui provient de l’écoute de la Parole de Dieu (Ro 10, 17). Ainsi donc, à notre tour, nous devons constamment grandir dans la foi. C’est par cette foi que nous sommes justifiés nous dit saint Paul, et que nous sommes réconciliés avec Dieu en notre Seigneur Jésus-Christ (Ro 5, 2).

tout est possible à celui qui croit

La foi n’est donc pas une superstition. La foi est une croyance, une confiance et une assurance qui consiste à se remettre entièrement dans les mains de Dieu, car savons qu’Il nous mènera là où Il faut et qu’Il nous donnera ce dont nous avons besoin. C’est par la foi que nous nous sommes unis au Christ au moment de notre baptême. Pour certains d’entre nous, baptisés plus tardivement, cette foi correspondait à une conviction personnelle. Pour d’autres, baptisés étant enfants, cette foi était le plus grand don et la plus grande connaissance reçus de nos parents qui nous ont initiés dans les mystères divins. Mais pour nous tous, cette foi confessée lors de notre baptême nous a ouvert une voie qui nous mène vers le Royaume de Dieu.

Hélas, par le péché qui nous détourne de Dieu, cette voie royale est obscurcie. C’est pourquoi nous considérons le péché comme une cécité spirituelle. En effet, le péché nous empêche de voir Dieu dans notre vie. Le péché nous empêche de voir ce qui est bon et vrai. Le péché obscurcit notre vie qui devient de plus en plus ténébreuse. Si nous ne menons pas un combat spirituel, si nous ne combattons pas nos passions, si nous ne pratiquons pas le discernement des pensées chaque jour de notre vie, le péché devient la règle et la norme de notre vie, et alors nous devenons aveugles spirituellement.

C’est en poursuivant notre Seigneur Jésus-Christ par la prière que nous obtiendrons la grâce nécessaire pour mener le combat avec nos passions, à procéder au discernement de nos pensées pour nous unir plus intimement avec le Christ

Pour sortir de ces ténèbres spirituelles, nous devons prendre exemple des deux aveugles de l’évangile d’aujourd’hui. Ceux-ci poursuivaient le Christ en criant : « Aie pitié de nous, Fils de David ! » (Mt 9, 27). Notre Sainte Église, et particulièrement la tradition des moines hésychastes, nous enseigne de prier le Christ sans cesse, en nous adressant à lui par cette brève prière que nous appelons la prière de Jésus : « Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur ». Elle nous encourage à dire cette prière constamment, à tout moment de la journée, dans toutes les circonstances, lors de toutes nos activités, de sorte qu’elle devienne associée à notre souffle.

C’est en poursuivant de la sorte notre Seigneur Jésus-Christ à l’exemple des deux aveugles de l’évangile d’aujourd’hui, nous obtiendrons la grâce nécessaire pour mener le combat avec nos passions, à procéder au discernement de nos pensées, et nous nous unirons plus intimement avec le Christ, avec qui nous nous sommes unis et que nous avons revêtu lors de notre baptême. Vivant ainsi uni à Lui par la prière constante, notre vie deviendra plus lumineuse, et nous serons délivrés par Lui de l’obscurité et des ténèbres spirituelles. Et ainsi, notre vie ici sur terre étant devenue ainsi plus lumineuse, sera véritablement le prélude de la vie éternelle dans le Royaume de Dieu, où lui revient gloire et adoration dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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