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Huitième dimanche après la Pentecôte

Nous venons d’entendre la lecture d’un passage bien connu de l’évangile selon Matthieu : le récit de la multiplication des pains (Mt 14, 14-22). Sortant d’une barque, notre Seigneur voit une grande foule, a compassion d’elle et guérit les malades. Plus de cinq milles hommes sont rassemblés. Le soir venu, les apôtres demande au Seigneur de renvoyer cette foule, mais lui, demande leur demande de nourrir la foule. Et voilà, que de cinq pains et de deux poissons, le Seigneur nourrit cinq mille hommes, leurs femmes et leurs enfants. Ce miracle nous est bien connu, et nous l’évoquons chaque fois lors de l’artoclasie, lorsque nous bénissons lors des vigiles des fêtes les cinq pains, le vin, l’huile et le blé.

Nous retrouvons ce miracle dans les quatre évangiles (cf. Mc 6, 34-44 ; Lc 9, 12-17 ; Jn 6, 5-14). Les saints apôtres et évangélistes Matthieu et Marc nous racontent même un deuxième miracle de ce genre, où notre Seigneur nourrit quatre milles hommes avec sept pains et des petits poissons (cf. Mt 15, 32-38 ; Mc 8, 1-9). S’agirait-il du même événement raconté deux fois ? Les deux miracles ne se déroulent pas au même endroit, et dans un cas il y a cinq mille hommes, dans l’autre cas il y en a quatre mille. Le nombre de corbeilles de pains en surplus est aussi différent. Par ailleurs, notre Seigneur évoque les deux miracles en les distinguant clairement : « Etes-vous encore sans intelligence, et ne vous rappelez-vous plus les cinq pains des cinq mille hommes et combien de paniers vous avez emportés, ni les sept pains des quatre mille hommes et combien de corbeilles vous avez emportées? Comment ne comprenez-vous pas que ce n’est pas au sujet de pains que je vous ai parlé? » (Mt 16:9-11)

Le Christ est le Pain descendu du Ciel

En effet, dans son évangile qui est le plus théologique, le saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien, après avoir raconté le miracle de la multiplication des pains, nous présente le Christ comme étant le Pain descendu du Ciel. Le Christ dit en effet : « Moi, je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne au désert, et sont morts ; c’est ici le pain qui descend du ciel, afin que quelqu’un en mange et ne meure pas. Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; or le pain aussi que moi je donnerai, c’est ma chair, laquelle moi je donnerai pour la vie du monde » (Jn 6, 48-51).

Saint Nicolas Cabasilas écrit à ce sujet : « Nourricier, il est aussi nourriture ; c’est lui qui fournit le pain de vie, et il est lui-même ce qu’il fournit : il est la vie dont ils vivent, le parfum qu’ils respirent, le vêtement dont ils se couvrent » (La vie en Christ). Il fait ici référence aux trois sacrements fondateurs de la vie chrétienne. Le baptême, qui est notre nouvelle naissance en Christ. Le Christ est lui-même la vie et il nous la procure par le baptême. L’onction avec le saint myron que nous recevons après notre baptême. Le nom Christ signifie celui qui a reçu l’onction. En étant oint du saint myron, nous devenons à notre tour christs, nous sommes porteurs du Christ, et c’est lui qui est notre onction, notre parfum. Après le baptême, nous avons été revêtu du vêtement blanc pour signifier que nous avons revêtu le Christ, car saint Paul nous enseigne : « vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ » (Ga 3, 27). Le Christ est donc notre vêtement. Puis, une fois baptisés et chrismés, nous sommes invités à partager la sainte Table avec le Christ, où il nous donne son corps et son sang en nourriture dans la sainte eucharistie. Le Christ est donc notre nourriture.

Le Christ est notre vie, notre parfum, notre vêtement, notre nourriture

Chaque Divine Liturgie que nous célébrons est l’occasion pour nous de recevoir son corps et son sang pour la rémission des péchés et pour la vie éternelle. Car le Seigneur nous dit lui-même : « si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » (Jn 6, 51). Il est intéressant d’ailleurs de remarquer que le récit du miracle d’aujourd’hui suit la structure et le déroulement de la Divine Liturgie. Notre Seigneur sort de la barque, voit la foule, a compassion d’elle et guérit les malades. Cela se passe durant la journée. Mais le miracle de la multiplication des pains a lieu « le soir venu ». Que s’est-il passé durant toute la journée ? Sans doute, la foule était restée là non seulement pour se faire guérir, mais pour entendre l’enseignement du Christ. De même, nous sommes guérit spirituellement par notre baptême qui nous fait entrer dans l’Église, qui fait de nous des membres du corps du Christ.

Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement

Et à partir de ce moment, nous nous constituons en Corps du Christ lorsque nous nous réunissons pour la Divine Liturgie. Et là, au tout début de l’office, nous écoutons la Parole de Dieu. Cette Parole n’est pas seulement la lecture de textes de l’Écriture. Par l’écoute de l’Écriture, c’est le Christ lui-même qui nous parle, lui qui entre solennellement dans notre assemblée lors de la petite entrée, avec la procession de l’Évangile qui le représente.

Mais revenons à la lecture d’aujourd’hui. Il est intéressant de remarquer les mots suivants : « levant les yeux vers le ciel, Il rendit grâces. Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule » (Mt 14, 19). Élever vers le ciel. Rendre grâce. Rompre. Donner. Distribuer. C’est mots nous renvoient à notre expérience de la Divine Liturgie. Le sens du mot « eucharistie » est précisément « action de grâce ». La prière de l’anaphore à chaque Divine Liturgie commence en effet par les paroles : « Élevons nos cœurs », « Rendons grâce au Seigneur ». Puis, après l’anaphore, après le Notre Père, le saint pain, l’Agneau, est rompu, pour être ensuite donner et distribuer à l’assemblée tout entière.

Telle est l’expérience de notre participation aux sacrements de l’Église. Telle est de notre vie en Église. Le miracle relaté dans l’Évangile d’aujourd’hui nous le rappelle. Il nous invite donc à participer régulièrement à la célébration des saints mystères que notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné pour notre salut et pour la vie éternelle. Il nous rappelle que nous devons écouter avec attention la lecture de la Parole de Dieu afin de pouvoir l’incarner dans notre vie en la mettant en pratique. Il nous invite à recevoir le Christ, qui est notre vie, notre parfum, notre vêtement mais aussi notre nourriture, par la participation aux saints mystères, en recevant la sainte eucharistie. C’est pour tout cela, que nous lui rendons grâce, ainsi qu’à Son Père sans commencement, et Son Esprit bon et vivifiant, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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