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Deuxième dimanche de Luc

Nous venons d’entendre la lecture d’un passage de l’évangile selon saint Luc bien connu, où notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ nous enjoins d’aimer nos ennemis (Lc 6, 31-36) : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment… Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour ». Ce commandement est central et fondamental dans l’enseignement du Christ. Il est significatif que ce commandement se trouve dans le sermon sur la montagne de l’évangile de Luc. Il est précédé par la partie la mieux connue de ce discours — par les Béatitudes, que nous chantons presque à chaque Divine Liturgie. Dans l’évangile de Luc, il y a quatre béatitudes, suivies de quatre malédictions.

Dans le sermon sur la montagne tel que présenté par l’évangéliste Matthieu nous entendons les paroles du Seigneur : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 43-44). Telle est la nouveauté du commandement de l’amour des ennemis dans l’enseignement du Christ : nous ne devons pas agir en fonction des actions qui sont faites envers nous, selon la loi du talion, souvent symbolisée par l’expression « œil pour œil, dent pour dent ». Nous ne devons pas aimer dans le but de recevoir quelque chose en retour, mais aimer gratuitement.

Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement

Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ nous invite aujourd’hui à imiter notre Père céleste : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36). Tel est la clé pour comprendre l’enseignement de l’Évangile. N’avons-nous pas appris de la parabole du débiteur impitoyable (Mt 18, 23-35) que nous devons pardonner car nous avons été pardonnés. De même nous devons aimer inconditionnellement, car nous avons été aimés inconditionnellement. Comme le Seigneur le dit lui-même dans l’Évangile : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8).

L’exemple suprême de l’amour inconditionnel et du don gratuit pour les autres nous est donné par notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ par le sacrifice sur la Croix, lorsqu’il « s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs » (Hb 9, 28). C’est en ce sens que nous pouvons parler de la foi chrétienne comme de la foi au Verbe de Dieu incarné et de l’Amour révélé. Le saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien nous dit en effet dans ses épîtres que « Dieu est Amour » (1 Jn 4, 8.16). Et c’est cet Amour incarné qui s’est offert en sacrifice par amour pour notre salut. Mais saint Jean le Théologien ajoute plus loin : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? » (1 Jn 4, 20). Autrement dit, l’enseignement de l’Évangile se résume à dire que nous ne pouvons pas prétendre aimer Dieu si nous haïssons notre prochain.

L’amour des ennemis constitue un commandement fondamental de l’Évangile

Le Seigneur admet dans l’évangile d’aujourd’hui qu’il est facile d’aimer ceux qui nous aime et que cela ne constitue aucunement un effort. Il est certainement beaucoup plus difficile d’aimer ses ennemis. Néanmoins, l’amour des ennemis constitue un commandement fondamental de l’Évangile, comme nous venons de le dire. Malheureusement, beaucoup de chrétiens, hélas, confessent ne pas être capables d’aimer leurs ennemis. Mais le Christ nous enseigne et nous rappelle constamment, à travers les péricopes évangéliques, qu’il ne faut pas baisser les bras devant les difficultés et renoncer à cet amour des ennemis, sans quoi, notre amour de Dieu est un mensonge. Mais nous pouvons surmonter cette difficulté en cessant de considérer certains d’entre notre entourage comme des ennemis. Plutôt que d’envisager les autres sous deux catégories : ceux qui nous font du bien et ceux qui nous font du mal, ceux qui nous sont sympathiques et ceux qui nous sont antipathiques, ceux qui nous sont favorables et ceux qui nous sont opposés, nous devons jeter un nouveau regard autour de nous et voir en chaque être humain une créature divine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Si nous arrivons à reconnaître en chaque être humain ce qu’il est vraiment, à savoir l’icône de Dieu, alors il nous deviendra plus facile d’aimer même ceux qui de prime abord se présentent comme des ennemis.

L’amour des ennemis est inséparable de notre amour envers Dieu et de l’amour de Dieu envers nous

Dans son évangile, saint Jean le Théologien nous rapporte les paroles du Christ : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). Il est significatif, que l’amour du prochain doit être à l’image de l’amour du Christ pour nous : « comme je vous ai aimés ». L’amour des ennemis est donc inséparable de notre amour envers Dieu et de l’amour de Dieu envers nous. Et Dieu nous aime inconditionnellement non pas  pour ce que nous sommes ou ce que nous avons fait, mais pour ce qu’Il veut que nous devenions par sa grâce. En ce sens, saint Augustin écrit : « En aimant ton ennemi, tu souhaites qu’il te soit un frère. Ce n’est pas ce qu’il est que tu aimes en lui, mais ce que tu veux qu’il soit » (Commentaire sur la première épître de Jean, 8).

C’est la raison pour laquelle saint Silouane de l’Athos affirme que « celui qui n’aime pas ses ennemis ne peut connaître le Seigneur ni la douceur de l’Esprit Saint ». Et le saint apôtre Paul nous rappelle que « si je n’ai pas d’amour je ne suis rien ». Et il ajoute, en précisant au sujet de l’amour : « L’amour est patient, il est plein de bonté ; l’amour n’est point envieux, il ne se vante point, il ne s’enfle pas d’orgueil. Il ne fait rien de malhonnête. Il ne cherche point son intérêt, il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal. Il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’amour ne meurt jamais » (1 Co 13:1-8).

Celui qui n’aime pas ses ennemis ne peut connaître le Seigneur ni la douceur de l’Esprit Saint

Puissions-nous, à l’exemple de notre Seigneur Jésus-Christ, aimer chacun de notre entourage, indépendamment des affinités, des sympathies, de leurs actions, de leur race, de leurs opinions, de leur religion, de leur mode de vie, avec patience, bonté, sans orgueil, sans irritation, sans soupçon, sans chercher d’intérêt, en supportant tout. Et c’est alors que nous seront adressées les paroles du Seigneur : « Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez d’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans le ciel » (Lc 6,23). A Lui honneur et adoration dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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