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Troisième dimanche de Luc

Nous venons d’écouter le passage de l’évangile selon saint Luc relatant le miracle bien connu de la résurrection du Fils de la veuve de Naïm (Lc 7, 11-17). Ce récit, qui ne se trouve que dans l’évangile de Luc, survient après une série de miracles que l’évangéliste assemble de manière progressive : la guérison d’un lépreux, d’un paralytique, d’un homme à la main sèche, du serviteur du Centurion. Ces récits culminent sur l’épisode de la résurrection fils de la veuve de Naïm. Elle n’est pas sans nous rappeler l’épisode d’Élie qui avait redonné la vie au fils de la veuve de Sarepta (1 Rois 17, 24). Dans les quatre évangiles, nous trouvons trois récits de résurrection : celle du fils de la veuve de Naïm (Lc 7), celle de la fille du chef de la synagogue (Mc 5) et celle de Lazare (Jn 11). Tous ces récits préfigurent et annoncent la résurrection du Christ.

C’est particulièrement vrai dans ce récit de la résurrection de ce jeune homme qu’on s’apprête d’enterrer. Nous pouvons y voir une préfiguration de l’ensevelissement du Christ et de sa résurrection. C’est sans doute pourquoi les Apôtres se sont souvenus après la résurrection du Christ de cet épisode préfigurant la fin de leur maître et sa victoire sur la mort. La préfiguration de la résurrection du Christ est d’autant plus accentuée par le fait le mort dont il est question dans le récit d’aujourd’hui était un fils unique, et que sa mère était veuve (Lc 7, 12).

La résurrection du fils de la veuve de Naïm préfigure la résurrection du Christ

Notre Seigneur est doublement Fils unique : Fils unique du Père, né sans mère dans sa divinité ; fils unique d’une Mère vierge, donc né sans père, dans son humanité. Le Christ est bouleversé par la douleur voyant cette veuve venant de perdre son fils unique, comme il sera bouleversé par la douleur de la Très Sainte Mère de Dieu se tenant au pied de la Croix, le jour de la crucifixion. Il dira à la veuve : « Ne pleure pas ! » (Lc 7, 13). Saint Côme de Maïouma, dans son hymne du grand samedi, lui fait dire à Sa Mère : « Ne pleure pas sur moi, Mère, voyant dans le tombeau le Fils que tu as conçu en ton sein sans semence, car je me lèverai et me glorifierai, et relèverai avec gloire comme Dieu ceux qui avec foi et amour te magnifient sans cesse ».

elle est aussi une figure de la résurrection de tous ceux qui croient au Christ

Le nom Naïm signifie endormi, calme. C’est le seul usage de ce nom dans toute la Bible. Le jeune homme est endormi dans la mort, et le Christ vient réveiller en lui ses forces vitales pour avoir le désir de se lever et de parler. Le Seigneur, dans l’épisode d’aujourd’hui, dit justement au fils : « Jeune homme, lève-toi ! » (Lc 7, 14). Se lever, dans le langage biblique, signifier ressusciter. La résurrection du fils de la veuve de Naïm est certes une figure de la résurrection du Christ, mais elle est aussi une figure de la résurrection de tous ceux qui croient au Christ. Cette résurrection aura certes lieu à la fin des temps, puisque nous confessons dans le symbole de foi que nous attendons « à la résurrection des morts et à la vie du siècle à venir ». Mais cette confession de foi vient immédiatement après avoir affirmé croire « en un seul baptême pour la rémission des péchés » qui signifie, selon l’apôtre Paul, notre mort, notre ensevelissement et notre résurrection avec le Christ. En effet, l’Apôtre nous dit : « ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l’a ressuscité des morts » (Col 2, 12).

Le Christ est la porte par laquelle nous entrons dans la vie éternelle

Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous voyons à l’entrée de la ville de Naïm la rencontre de deux foules, de deux cortèges. Beaucoup de gens de la ville, nous dit l’évangéliste, formait un cortège funèbre et sortait de la ville pour aller enterrer le mort. Un autre cortège, lui, entrait dans la ville : « une grande foule qui faisait route » avec notre Seigneur et ses disciples. Les deux foules se croisent. Elle se croisent à la porte de la ville. Or, dans l’évangile de Jean, notre Seigneur et Sauveur se présente comme la porte : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages » (Jn 10, 9). Le Christ est la porte par laquelle nous entrons dans la vie éternelle.

Ayant été témoins de la résurrection du fils de la veuve, préfigurant la résurrection du Christ, « tous glorifient Dieu » reconnaissant que « Dieu a visité son peuple » (Lc 7, 16). Les deux cortèges sont ainsi réunis dans la personne du Christ dans une même action de grâces. Les deux foules réunies aux portes de Naïm préfigurent ainsi l’Église réunissant juifs et disciples du Christ dans une même action de grâces après avoir été témoins de la résurrection du Christ. Elles préfigurent l’unique Église du Christ, où païens et juifs sont réunis au même héritage : la résurrection des morts et la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

Le Christ est la Terre des vivants

Notre Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants (Mt 22, 32). En Christ, la mort a été vaincue. Mais le miracle de la résurrection du fils de la veuve de Naïm n’est pas seulement une figure de la résurrection du Christ et de notre propre résurrection. Notre espérance en la résurrection s’enracine dans le présent et transforme notre regard sur le monde et sur ceux qui nous entourent. La foi en Jésus-Christ n’est pas une foi qui pleure la mort : elle est la foi en la vie éternelle et des vivants. Le Christ lui-même est la Terre des vivants. C’est pourquoi lorsque nous aussi traversons des deuils pendant notre vie, notre regard sur la mort est transformé par la résurrection du Christ : celle-ci n’est plus une fin, mais un sommeil. Nous prions pour nos défunts comme ceux qui « se sont endormis dans le Seigneur ». En Christ tous sont vivants. Car, comme le dit l’Apôtre Paul, « le Christ est mort et il a vécu, afin de dominer sur les morts et sur les vivants ». A Lui gloire et adoration dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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