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Cinquième dimanche de Pâques

L’hymnographie du Pentecostaire propre au cinquième dimanche de Pâques poursuit l’exégèse des passages de l’évangile de Jean lus à la Divine Liturgie, la péricope de ce dimanche étant le long dialogue du Christ avec la Samaritaine (Jn 4, 5-42). L’hymnographie nous interpelle ainsi : « Écoutons Jean qui nous enseigne les saints mystères qui ont eu lieu en Samarie. Comment le Seigneur parla avec une femme, lui demandant de l’eau, lui qui rassemble les eaux dans leurs bassins, égal en majesté avec le Père et l’Esprit. Car Il est venu recherchant son image, lui qui est éternellement glorieux » (Ikos). Le thème de ce dimanche est ainsi posé : le Dieu Créateur vient sauver sa créature, créée à son image et à sa ressemblance (Gn 1, 26).

En effet, l’hymnographe nous présente le Christ comme « le Fils et Verbe du Père, sans commencement tout comme lui, et éternel comme lui, la source des guérisons » qui « vint à la source » alors qu’une « femme de Samarie s’approcha pour puiser de l’eau… » (lucernaire). Il met en parallèle cette rencontre avec celle d’Ève et du serpent (Gn 3, 1-5) : « La source des miracles vint à la source à la sixième heure pour saisir le fruit d’Ève. Car à la même heure, Ève quitta le Paradis étant séduite par le serpent. La femme de Samarie s’approcha pour puiser de l’eau. Lorsque le Sauveur la vit, il lui dit : Donne-moi à boire et je t’emplirai d’eau vive. La femme sage courra dans la ville annoncer à la foule : Venez, voyez le Christ Seigneur, le Sauveur de nos âmes » (lucernaire). L’évangéliste Jean précise en effet que « c’était environ la sixième heure » (Jn 4, 6) lorsque le Christ rencontra la Samaritaine. Toutefois, le texte de la Genèse ne mentionne pas l’heure à laquelle le serpent vint tenter Ève. Néanmoins, on retrouve chez les Pères de l’Église un parallèle entre la sixième heure, à laquelle le Christ fut crucifié (cf. Mc 15, 33) et la chute de nos premiers parents, Adam et Ève, à la même heure. Ceci a permis à Nicéphore Calliste Xanthopoulos de dire dans son synaxaire pour le dimanche de l’Expulsion d’Adam du Paradis que ce dernier avait étendu la main à la sixième heure et saisi le fruit défendu, alors que le Christ, nouvel Adam, étendit ses mains sur la Croix pour réparer sa perte le sixième jour et à la sixième heure. La source en est un apocryphe, le Protévangile de Jacques, qui affirme qu’à l’heure où Adam était occupé à la prière (sans doute à la sixième heure du jour), le serpent a trouvé Ève seule et est venu la tromper (XIII, 1).

L’hymnographie met en parallèle la rencontre du Christ et de la Samaritaine avec celle d’Ève et du serpent

Ainsi, soif du Christ aux alentours de midi ne s’explique pas seulement par une soif corporelle. Elle témoigne de la soif de Dieu pour l’humanité qu’Il veut ramener dans son Royaume comme le proclame le Pentecostaire : « Trouvant la femme de Samarie au puit de Jacob, Jésus, qui couvre la terre de nuages, lui demanda de l’eau. Ô miracle ! Celui qui est porté par les Chérubins discute avec une femme débauchée. Celui qui tient la terre sur les eaux demande de l’eau. Celui qui verse les sources et les réserves d’eau demande de l’eau, car Il et atténuer la soif de celle qui est enflammée de mauvais désirs par l’eau de la vie, car lui seul est compatissant et aime l’homme » (lucernaire, doxastikon). Ainsi, le Dieu créateur désire vraiment attirer l’humanité qui est poursuivi par cet ennemi guerrier qui est le diable et que représentait le serpent de la Genèse.

Le Christ Sauveur vient apaiser la soif spirituelle de l’humanité

Prétextant d’avoir soif, le Christ Sauveur vient apaiser la soif spirituelle de l’humanité. Il vient atténuer la soif des passions mauvaises. Il vient nous abreuver de l’eau vive. Ce qui fait dire à l’hymnographe : « Venant avec foi au puit, la femme de Samarie te vit, Toi l’eau de la sagesse, et ayant reçu à boire sans relâche, elle hérita du Royaume d’en haut, éternellement glorieux » (Kondakion). En effet, saint Jean le Théologien nous présente le Christ comme « la source d’eau jaillissant en vie éternelle », d’une eau dont on « n’aura plus jamais soif » (Jn 4, 14). Saint Romain le Mélode parle de l’eau de la foi qui procure la joie et la rédemption : « Lorsque le Seigneur vint au puit, la femme de Samarie demanda au Compatissant : Donne-moi l’eau de la foi et je recevrai les flots des fonts — la joie et la rédemption. Donateur de vie, Seigneur, gloire à toi ! » (lucernaire).

Ainsi, dans son canon hymnographique pour les matines de ce dimanche, saint Joseph de Thessalonique met en scène le Christ et le puit de Jacob comme deux sources d’eau côte à côte. « En tant que Vie et source d’immortalité, Tu étais assis près de la source, ô Miséricordieux, et remplis de tes très sages flots la femme de Samarie qui en demanda te loua » (Ode 3). Alors que le puit de Jacob procure l’eau matérielle utile aux mortels, le Christ Sauveur, qui est le Verbe de Dieu créateur incarné, nous donne l’eau de l’immortalité. Ce qui fait dire à saint Joseph l’hymnographe : « Ô Seigneur, comme source de vie tu donnas jadis l’eau du pardon et de la connaissance à une femme de Samarie lorsqu’elle en demanda. C’est pourquoi nous louons tes miséricordes ineffables » (Ode 5). L’eau que nous procure la source d’eau vive est l’eau du pardon. C’est pourquoi le Pentecostaire nous présente le Christ comme le Sauveur de l’humanité : « La source de la source de la vie, Jésus notre Sauveur, est venu à la source du patriarche Jacob et a demandé de l’eau à boire d’une femme de Samarie. Mais quand elle objecta qu’il n’y avait pas de partage de récipient avec les Juifs, le Créateur sage la détourne par de douces paroles, l’invitant à lui demander l’eau éternelle. Ce qu’elle a accepté et qu’elle a proclamé à tous, en disant : Venez, voyez celui qui connaît les choses cachées, le Dieu venu dans la chair pour sauver l’humanité » (Laudes, doxastikon).

Le Christ Sauveur est la source de la vie éternelle pour ceux qui croient en lui

Le Christ Sauveur, en tant que source de la vie éternelle, était déjà préfiguré dans l’Ancien Testament, dans le livre de l’Exode, sous la figure du rocher qui alors abreuvait le peuple d’Israël assoiffé pérégrinant dans le désert (Ex 17, 5-6). Saint Paul nous dit que « ce rocher était le Christ » (1 Co 10, 4). Ce qui permet à l’hymnographe de dire : « Tu es arrivé en Samarie et Tu as parlé avec une femme, en cherchant de l’eau à boire, ô mon tout puissant Sauveur qui a versé de l’eau pour les Hébreux d’un rocher, et tu l’as menée à croire en toi. Et maintenant elle jouit de la vie éternellement dans les cieux » (Exapostilaire). Ainsi, du récit évangélique de ce dimanche, le Pentecostaire retient que l’eau vive est l’eau éternelle. C’est l’eau qui nous procure la vie éternelle dans le Royaume des cieux. Le Christ est Celui qui procure cette vie éternelle à ceux qui croient en lui en les faisant « renaître d’eau et d’Esprit » (Jn 3, 5) par le baptême.

Archevêque Job de Telmessos

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