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Dimanche du Pardon

Nous voici arrivés à la veille du Carême. Avant d’entreprendre l’ascèse du jeûne, l’Église nous rappelle dans l’évangile d’aujourd’hui quelques points fondamentaux. Elle nous suggère entre autres de ne pas jeûner d’une manière hypocrite, superficielle, démonstrative, mais au contraire, de jeûner d’une manière humble, sincère et discrète. Par dessus tout, elle nous enseigne que le pardon en est un prérequis. « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » (Mt 6, 14). Si nous gardons en tête tout l’enseignement des dimanches précédents, et particulièrement celui du dimanche du Fils Prodigue, le Carême est notre retour d’exil à la maison du Père espérant son pardon et sa miséricorde.

Le pardon est un pré-requis du jeûne

Dans l’évangile de Matthieu, la péricope que nous venons d’entendre fait suite à l’enseignement de la prière dominicale, le « Notre Père » que nous a enseigné notre Seigneur et que nous récitons plusieurs fois chaque jour tant dans notre prière personnelle que dans notre prière liturgique. Chaque fois, nous demandons à notre Père céleste de « remettre nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs » (Mt 6, 12), selon la traduction littérale de cette prière. C’est donc à cette demande de la prière dominicale que se réfère le commandement du Seigneur dans le passage que nous venons d’entendre. Or, la prière dominicale renvoie elle-même à la parabole évangélique bien connue du débiteur impitoyable (Mt 18, 23-35).

Celle-ci raconte comme un roi a voulu régler ses comptes avec ses serviteurs, en commençant par celui qui lui devait dix milles talents. Alors que le roi lui avait remis sa dette, ce serviteur alla exiger le remboursement de son débiteur, jusqu’à le faire jeter en prison. La morale de cette parabole se trouve dans les mots du roi adressé à son serviteur : « Mauvais serviteur, je t’avais remis toute cette dette, parce que tu m’en avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » (Mt 18, 33). Et à notre Seigneur de conclure : « C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » (Mt 18, 34).

Le pardon est une vertu fondamentale à la vie chrétienne

Le pardon est une vertu si fondamentale à la vie chrétienne que le Seigneur ne nous l’a pas seulement enseigné, mais nous le rappelle chaque jour dans la prière qu’il nous a apprise. Et c’est pourquoi nul ne peut entreprendre cette démarque du retour vers la Maison du Père qu’est l’ascèse du Carême sans pardonner. Pardonner signifie mettre de côté toute notre rancœur, oublier tous nos ressentiments, faire le vide dans nos émotions négatives et rejeter tout esprit de vengeance. L’image choisie par notre Seigneur de la dette pour illustrer le pardon est très appropriée : pardonner les fautes, c’est comme un banquier ou un comptable qui raie une dette dans un livre de comptes de telle sorte qu’elle n’existe plus. C’est précisément la même idée qui ressort d’une autre prière ancienne qui nous est parvenue des moines de Palestine et que nous récitons chaque jour : « Oublie, remets, pardonne ô Dieu nos fautes… » Pardonner, c’est avant tout oublier, rayer de notre vie ces offenses que nous trainons toujours avec nous et qui détruisent nos relations avec nos frères.

Pardonner, c’est avant tout oublier

A la veille du Carême, nous commémorons notre exil du Paradis. L’hymnographie de ce dimanche nous rappelle en effet l’expulsion du Paradis d’Adam et d’Eve, de nos premiers parents qui représentent l’ensemble de l’humanité, à cause du péché ancestral qui engendra le péché et la mort. Toutefois, notre Père céleste n’est pas un Dieu rancunier, mais à l’image du Père dans la parabole du Fils Prodigue, Il va à la rencontre de l’humanité déchue et pécheresse en s’incarnant et en oubliant toutes les dettes de celles-ci. Dieu s’incarne non pas pour venir nous juger, nous châtier, nous punir ou se venger, mais pour s’offrir en sacrifice et pour pardonner.

Par ce Carême, nous nous préparons à revivre ce grand mystère du salut, à travers lequel le Fils de Dieu, en tant qu’Époux de l’Église, se sacrifie lui-même pour la vie du monde et s’offre sur la Croix en rémission de nos péchés, afin de nous faire participer, par Sa résurrection, à la vie éternelle. Pour entrer dans la vie de ce Royaume préparé pour nous, notre Père céleste, à l’image du roi de la parabole du débiteur impitoyable, n’attend que nous aussi, à notre tour, pardonnions à nos frères de la même manière qu’il a oublié, remis, effacé et pardonné nos fautes du fond de notre cœur. Ceci est un préalable à notre ascèse du jeûne qui va commencer demain. Sans cela, notre jeûne ne sera qu’un jeûne hypocrite, un jeûne de façade, pour nous montrer devant les autres, un jeûne superficiel qui n’apportera aucun profit à notre vie spirituelle.

Notre Seigneur nous rappelle dans l’évangile d’aujourd’hui que le but de notre vie est le Royaume des cieux. Nos trésors doivent être amassés au ciel, et « là où est notre trésor, la aussi est notre cœur » (Mt 6, 21). Que l’ascèse du jeûne du Carême aie véritablement pour but d’entrer dans le Royaume de Dieu avec un cœur léger, étant allégé par le pardon qui est l’oubli et l’effacement de toutes nos rancunes de même que de toutes les offenses, de toutes les fautes des uns ou des autres. Imitons la miséricorde et la longanimité de Dieu, car c’est à l’image du pardon que nous réservons à nos frères que notre Père Céleste nous pardonnera. A lui, gloire, honneur et adoration dans les siècles des siècles. Amen.

Archevêque Job de Telmessos

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