Français, Homélies

Troisième dimanche de Pâques

En ce troisième dimanche de Pâques, notre Sainte Église commémore les personnages qui ont été directement impliqués dans l’ensevelissement du Christ crucifié et mort, mais qui furent aussi les premiers témoins de sa résurrection : le noble Joseph d’Arimathie, Nicodème, le premier disciple du Christ qui venait l’écouter en secret, et les femmes myrophores. L’évangile que nous venons d’entendre aujourd’hui nous raconte comment ces dernières, après avoir vu où Joseph s’était empressé d’ensevelir le corps du Seigneur le vendredi à cause de l’approche du sabbat, sont revenues le dimanche matin pour compléter les rites funéraires qu’elles n’avaient pas eu le temps d’accomplir lors de la sépulture. Elles étaient alors préoccupées par beaucoup de choses matérielles : qui allait leur déroulera la pierre du sépulcre ? Comment affronter les gardes que Pilate avait chargé de surveiller le tombeau ? Mais à leur arrivée une surprise les attendait : la pierre était déroulée, le tombeau était vide, et un ange était là pour leur dire : « N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n’est point ici ; voici le lieu où on l’avait mis ! » (Mc 16, 6). Malgré les paroles réconfortantes de l’ange, les femmes myrophores repartirent effrayées. « La peur et le trouble les avaient saisies » nous dit l’évangéliste Marc. « Elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi » (Mc 16, 8).

N’ayez pas peur !

Une expérience similaire avait été vécue par les saints apôtres. Après la crucifixion de leur Maître, ceux-ci étaient remplis de crainte. Ils avaient peur des autorités romaines qui pouvaient les condamnés eux-aussi. Ils avaient peur des autorités religieuses juives qui avaient fait condamner le Seigneur. Ils avaient dont peur de leur avenir qui était incertain. Ils avaient peur de l’inconnu. Ils avaient peur de leur mort… Mais dimanche soir, alors que les apôtres étaient enfermés, « à cause de la crainte qu’ils avaient des Juifs » nous dit l’évangile, « Jésus vint, se présenta au milieu d’eux, et leur dit: La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 19). Autrement dit : soyez en paix, n’ayez crainte, n’ayez pas peur ! La même chose se reproduisit huit jours après, en présence de Thomas. L’évangéliste Jean nous dit : « Jésus vint, les portes étant fermées, se présenta au milieu d’eux, et dit : La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 26).

Il est intéressant de noter que « N’ayez pas peur ! » est une expression qui se retrouve fréquemment dans l’Écriture Sainte. On a même relevé trois cent soixante-cinq occurrences de cette expression dans les Écritures. La peur est aussi quelque chose de naturel que l’on retrouve chez l’homme. Par exemple, tout au commencement de l’histoire du salut, dans la Genèse, nous lisons après le récit de la chute : « Le Seigneur Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? Adam répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché ! » (Gn 3, 9-10). Ainsi, après la chute, Adam avait peur de Dieu à cause de la chute. Nous pouvons donc penser que la première conséquence du péché est la peur.

Dans le Nouveau Testament, après que le Christ a manifesté la gloire de sa divinité lors de la Transfiguration, les disciples furent saisis d’une grande peur. Cette peur était sans doute due à cette vision stupéfiante. C’était la peur devant l’inconnu. Mais le Christ dit à ses disciples :  « Levez-vous, n’ayez pas peur! » (Mt 17, 7). De même, lorsque les disciples se trouvaient dans une barque et virent le Christ marcher vers eux sur les eaux, ils prirent de nouveau peur devant l’inconnu, devant ce phénomène paranormal, mais le Seigneur leur dit de nouveau : « C’est moi ! N’ayez pas peur ! » (Jn 6, 20).

La nature de l’homme a toujours peur de l’inconnu, peur de l’autre, peur de la différence. Au quotidien, la peur apparaît dans toutes sortes de situations que vie l’homme et qui lui inspire la crainte, la méfiance, le doute ou encore la suspicion. L’homme peut ainsi avoir peur de l’obscurité, peur de ne rien voir, peur pour un changement ou peur pour quelque chose de nouveau. La plus grande peur de l’homme est bien évidemment la mort. Voulant relativiser celle-ci, le philosophe antique Épicure disait : « Lorsque nous sommes vivants, la mort n’est pas. Lorsque la mort est là, nous ne sommes plus. Dès lors, dans la mort que crains-tu exactement ? »

L’antidote à la peur de la mort et de l’inconnu est l’amour sacrificiel de Dieu

Mais l’antidote à cette peur est l’amour sacrificiel de Dieu. Saint Jean le Théologien nous dit que « Dieu est amour » (1 Jn 4 ,8). Cet amour de Dieu envers nous s’est manifesté par l’incarnation du Fils de Dieu. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). En effet, Il nous a tant aimé qu’Il a donné sa vie pour nous sur la Croix. Méditant le mystère de la Croix, saint Jean Chrysostome s’exclame : « Elle est pour nous la cause de biens innombrables : elle nous a délivrés de l’erreur, éclairés dans les ténèbres et réconciliés avec Dieu ; nous étions devenus pour lui des ennemis et de lointains étrangers, et elle nous a rendu son amitié et rapprochés de lui. Elle est pour nous la destruction de l’inimitié, le gage de la paix, le trésor de mille biens. Grâce à elle, nous n’errons plus dans les déserts, car nous connaissons le vrai chemin ; nous ne devenons plus hors du palais royal, car nous avons trouvé la porte ; nous ne craignons pas les traits enflammés du diable, car nous avons découvert la fontaine » (Homélie sur la Croix et le larron, 1. PG 49,399-401).

Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous a introduit dans la communion à la vie divine et nous a ouvert les portes de la vie éternelle. Par sa résurrection, le Christ a manifesté que l’amour est vainqueur sur le péché, sur la mort, sur la peur. L’amour est donc plus fort que le mal, le péché et la mort. Entendons donc sa voix : « N’ayez pas peur ! ». Laissons entrer le Christ dans notre vie afin de vivre en Lui et avec Lui. N’ayons pas peur. Chaque fois que nous nous laissons prendre par la peur de l’inconnu, la peur de l’autre, la peur de la différence, chaque fois que nous éprouvons la crainte, la méfiance, le doute, la suspicion, le désespoir, invoquons par la prière le Christ qui connaît mieux que nous notre intimité. Lui seul veut notre salut, car Il s’est offert en sacrifice pour nous. Lui seul nous offre le salut, car Il a vaincu par sa mort le péché et la mort. Au Christ ressuscité appartient le règne, la puissance et la gloire dans les siècles des siècles. Amen !

Archevêque Job de Telmessos

Standard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *